mercredi 31 mars 2010

Hellyday on ice

Imaginez Tonya Harding patiner sur la mer de glace de C. D. Friedrich...
Imaginez un épisode de Twin Peaks écrit par un(e) JT Leroy enamouré(e)...
Imaginez une pièce de Sophie Perez teintée de mélancolie et emprisonnée dans un carcan glacial...
Imaginez un film de Gus van Sant muet dont la fin verserait dans le film de serie B...
Imaginez Stephen O'Malley sur des patins et dont les crissements de guitare feraient la spirale de la mort avec Arvo Pärt...
Imaginez la femme dominatrice de Rodin tombée à genou devant un homme venu d'ailleurs...
Imaginez, à l'instar de ce qu'est la danse contemporaine, ce que pourrait être le patinage artistique contemporain...
Imaginez Matthew Barney ayant eu la carrière de Philippe Candeloro écrire un "Freezmaster"...
Imaginez les enfants du Village des Damnés retourner sagement à l'école...

eternelle idole

...Tout n'est que renversement des valeurs...
Vous parvenez petit à petit à imaginer ce que donne la pièce savamment orchestrée par Gisèle Vienne: "Eternelle Idole".

Art is where you find it.

Alors que nos oreilles se remettent à peine du dernier album de Burzum, nos esprits sont mis également à contribution...
La problématique visuelle on l'a vu, n'est pas le questionnement premier de Varg Vikernes. Pourtant celui ci semble sensible à l'art et apprécie nombre d'artistes dits "classiques"... Ce penchant le pousse aujourd'hui à vouloir déceler l'artiste qui serait selon des critère qui lui sont propres, le plus apte à représenter des épisodes de la vie du dieu Baldr (finalement, il se défile un peu au moment crucial de la decision puisque celle ci incombe au public). Ainsi, un concours est ouvert (et ce jusqu'au 1er septembre) aux artistes, illustrateurs, designers, graphistes qui se sentiraient inspirés par cette mythologie dont le passage le plus connu reste l'épisode de sa mort (daudi Baldrs); scène abordée à plusieurs reprises dans la peinture (comme Christoffer Wilhelm Eckersberg). Bien sur, un concours comme celui-ci, dans une approche marketing, vient stimuler la curiosité des fidèles mais la direction artistique peut étonner. Le gain quand à lui ne pourra intéresser que des fans( oeuvre présentée sur la page d'accueil du site du groupe et présentation du travail. Est-ce vraiment intéressant pour un artiste ? Pour un fan ?).
Alors que Varg fait appel aux artistes, sait-il qu'il est lui même le sujet de nombre d'oeuvres d'art contemporain ? Il est un Baldr post moderne, qu'il faut tuer pour certains ou glorifier pour d'autres. Une figure devenue mythique, au coeur de la tourmente, une icône qui derange...

quelques exemples parmis d'autres...

frederik soderberg

rodland

burdin

griffin

de haut en bas:
Fredrik Soderberg (on vous en parlait le mois dernier) "Gryning", 2005
Tobjorn Rodland, "Burzum", 2002
Anthony Burdin, "Voodoo Room , Oslo" 2005
Matthew Griffin,"Das bogus Journey" 2005

mardi 30 mars 2010

CA(sd)DO.

Animal Collective... ou la théorie de l'évolution appliquée à la musique...
Dix années de transformations riches et productives aboutissent à une nouvelle espèce reconnue et admirée.
En effet, au fil du temps, la morphologie du groupe a bien évolué. Adaptation et variabilité ont révélé Avey Tare, Panda Bear, et Geologist... puis par hybridation Jane, Terrestrial Tones... Mais l'identité Animal collective bien que complexe fait partie aujourd'hui des espèces repertoriées. Si elle n'est pas pour le moment en voie de disparition, connait-elle celle de la dispersion ?
Le trio est plus que créatif, on le sait. Il aime à abolir les frontières entre les genres... Et parfois, suivant ses inspirations délirantes, il s'associe à d'autres pour donner naissance à des expérimentations nouvelles. Ce fut le cas, en début de mois, au musée Guggenheim à NY. Avec l'aide de l'artiste vidéaste Danny Perez, les Animal Collective, dans leur animalité la plus profonde, ont incarné et proposé leur projet "Transverse Temporal Gyrus".

animal collective

Dans un environnement psychédélique, les apprentis artistes donnaient à voir un ensemble de jeux cinétiques et sonores, plus proche d'une performance conçue pour un site précis qu'un concert. L'expérience sensorielle proposait également une relecture de la rotonde imaginée par Wright, dont le vide a inspiré un certain nombre d'artistes présentés dans l'exposition "Contemplating the void" .

animal collective guggenheim

Cette volonté d'utiliser le visuel comme outil plastique et vecteur esthétique s'est vue développée de manière encore plus concrète avec leur projet filmique "ODDSAC" à nouveau orchestré par Perez. Trois années de travail auront été nécessaire pour réaliser ce film de 53 mn, influencé par le cinema d'horreur (en particulier par le film japonais Hausu). Présenté au dernier Festival de Sundance, le film sortira en DVD en juin prochain... Ce genre de crossover entre art et musique, leur permettra-t-il de devenir les Residents de demain ?


Si, en lapins, ils incarnent parfaitement la fécondité (celle de l'esprit), ils véhiculent aussi les notions de renouveaux mais aussi de prolifération... A trop s'étendre ne risquent-ils pas de se voir réguler et pourchasser ?... Gare aux civets !

mercredi 17 mars 2010

Queen(s) of noise.

On le sait les clips vidéo, depuis celui mythique de Thriller, sont de véritables outils promotionnels mais également des vecteurs esthétiques. Beaucoup de groupes l'ont utilisé pour construire une imagerie puissante, en le transformant parfois en court métrage, ou dans une perspective plus artistique où le clip se rapproche alors de la video d'artiste.
Lorsque les artistes eux-mêmes réalisent ces supports visuels, on frôle le produit parfait...

Floria Sigismondi est une de ces artistes touche à tout, habile et inventive qui, au contact d'une caméra, vous conçoit des petits bijoux animés au service de bien des groupes. Formée dans une école d'art, elle choisit dans un premier temps la photographie. Puis vint la musique et les premières vidéos pour des petits groupes de la scène canadienne. C'est surtout un clip pour Marilyn Manson qui l'a fit définitivement connaître. Un univers froid et médicalisé où rodent odeur de soufre et mélancolie. Si la caméra et l'oeil sont adroits, les idées et ambiances seraient plutôt nés de l'esprit macabre et décalé du "Reverend". Cet univers grotesque et clinique, duquel l'artiste Gottfried Helnwein n'est pas non plus étranger, est assez récurrent à la fois dans la musique (depuis Scorpions) et dans l'art (on pense notamment à Joel-Peter Witkin...). Il faut reconnaitre tout de même que ses clips sont parmis les plus séduisants et les plus intelligents vus ces dernieres années. De Little Wonder de David Bowie à Blue Orchid des White Stripes ou encore The End of The World des Cure... Tout ici est cousu comme de la dentelle, avec finesse et dextérité, utopie et vanité, le tout orné d'un délicat soupçon de romantisme... Bref, elle nous donne à voir autre chose...

floria sigismondi

Si les qualités artistiques de Floria Sigismondi ne sont plus à prouver, qu'est-ce qui fait d'elle une artiste ?

Est-ce le fait qu'elle ait exposé à plusieurs reprises avec de grands noms de la photographie comme Cindy Sherman ? Elle a également réalisé des installations... dont les traces demeurent floues. Son statut est ambigu, et ce n'est pas la sortie imminente de son premier long métrage qui nous permettra de mieux cerner sa pratique...

The Runaways raconte comme son nom l'indique l'histoire (bien que préparée par un certain Kim Fowley producteur MacLarenien) du groupe hard/glam rock féminin ayant lancé Joan Jett. Si le choix des actrices, à peine sorties de leur monde vampirique, permettra sans doute à quelques fans de courir voir le film, on peut se demander si un nouveau biopic ajoute réellement quelque chose au marasme cinématographique actuel.

runaways

Si certains grands artistes contemporains se sont frottés au septième art, parfois avec brio comme Steve Mc Queen (pas l'acteur, on vous dit l'artiste... Visionnez Hunger !), parfois pour partager une experience proche d'un plaisir égoïste comme Pipilotti Rist avec Pepperminta, le cross-over entre les arts est une pratique dangereuse. D'autant plus dangereuse lorsque l'artiste ne l'est pas totalement.

Si Cherry Currie, l'ancienne chanteuse des The Runaways, se dit aujourd'hui artiste (elle pratique la sculpture sur bois à la tronconneuse), Floria mérite quand même, et à bien des égards, ce statut. Tout est une question de signifiant, et d'étiquette. Peu importe le nom finalement, ce qui compte surtout c'est ce que l'on produit....

cherrie currie

samedi 27 février 2010

Lightspeed Champion : (post-) punk en costume.

Après un 1er album parfaitement réussi et maîtrisé (Falling off the Lavender Bridge), le Lightspeed Champion / Devonte Hynes / ex-Test Icicles, revient avec un 2ème album dont le titre n’a rien à envier au Hi! How are you? de Daniel Johnston, Life is sweet ! Nice to meet you.

lightspeed champion

Notre brillant compositeur continue ses explorations. Après un album qui rappelait que la pop pouvait être aventureuse, originale et voguer hors des sentiers balisés (les racines plongées dans les Zombies des Beatles), il marche toujours vers un inconnu familier. Plus précisément, dans ce nouvel album, il invente la pop symphonique minimale. Un peu comme un Do It Yourself de l’arrangement orchestral. On est loin des expérimentations volontiers lo-fi des premiers Beck ou de la grandiloquence de Rufus Wainwright. On est plutôt devant le squelette d’une espèce jamais vue, une structure architecturale de symphonie. Les instruments sonnent bruts (notamment la basse prédominante), les interventions de tous poils (choeurs masculins inclus) font ressurgir une froideur post-punk sur un ensemble lumineux. Ténu comme un soleil d’hiver.

lightspeed champion

L’élégance d’un punk. L’incarnation musicale parfaite de Vivienne Westwood (Husker Du, Vivienne ?) ? On peut songer aussi aux orchestrations brutales de J.G. Thirlwell (notamment le dernier Foetus et Steroid Maximus) ou, plus tendance, et plus en accord avec Devonte Hynes (cf. son E.P. 69 Année Erotique), les arrangements d’anarchisme classieux de S. Gainsbourg. Pour une fois que les anglais nous envient quelque chose en musique.... let’s celebrate!

Fredrik Soderberg : Der Ring.

Il est des échanges incessants qui tissent un réseau de liens plus ou moins distants entre les cultures. Une introduction un peu pompeuse pour parler du travail de l’artiste suédois Fredrik Soderberg. Seulement, faut-il évoquer les pochettes qu’il réalise notamment pour le (non moins excellent) groupe The Skull Defekts ou aborder le fait qu’il utilise l’univers du rock dans son travail plastique ?

fredrik soderberg the skull defekts
The Skull Defekts - The Temple

Quel est le plus aventurier des deux ? Faut-il féliciter le groupe suédois de s’offrir les services de l’artiste (des artistes, devrions-nous dire, puisqu’ils ont également fait appel au très bon et très norvégien artiste Are Mokkelbost) et ainsi créer une image aussi unique que profonde ? Ou bien relever le fait qu’il est, encore, remarquable de puiser dans l’(under) culture rock (la pochette de Filosofem de Burzum dans Gryning, celle du 1er Black Sabbath dans Black Moth, l’esprit fanzine dans Never Forget Death) pour s’affranchir de la tradition séculaire de la peinture à l’huile ? Notons une certaine ambiguité dans son rapport au métier : il se démarque en effet des codes du médium en peignant sur du plexiglas mais accepte l’aquarelle sur papier comme support....

fredrik soderberg the skull defekts
Fredrik Soderberg - Black Moth

Peu importe finalement. Les échanges rock / art et retour ne sont plus à démontrer (si ?). Ses dernières oeuvres naviguent plus d’ailleurs vers les rivages du chamanisme sorcier et symboliste dont le Palais de Tokyo s’est quasiment fait une spécialité ces derniers temps (Joe Coleman, Aleister Crowley, Paul Laffoley...). Des pièces plus convenues qui ne convoquent plus les forces de l’abstraction dans un dédale de références de tous ordres dont les mélanges attiraient vers le mystère. A trop montrer de signe, on en perd le sens. Et l’on se dit qu’une oeuvre posée sur une pochette de disque, dans sa relation à la musique, invente des chemins à décrypter, des correspondances à illuminer. Vers une nouvelle forme d’art, une communication secrète ?

Isis / The Horrors : I walk the line (between Good and Evil).

A priori, aucun (ou très peu de) rapport entre les anglais lookés comme des anglais de The Horrors et les américains lookés comme des américains d’Isis. Plus encore lorsque l’on parle de prestation scénique. Et pourtant. Les deux concerts parisiens, dans la même salle (Trabendo) et à quelques jours d’intervalles (respectivement le 29 novembre et le 3 décembre) offraient de multiples points de comparaisons.

the horrors isis

Tout d’abord dans leur refus des étiquettes. Tous les deux enfermés dans des prisons de styles et enterrés sous des tonnes d’influences, ils ont choisi de refuser de porter un fardeau qui ne leur appartenait pas. Ensuite, dans leur volonté commune de créer une brèche et ouvrir une nouvelle voie/x dans leur style respectif. Mais c’est sur scène que cette volonté d’évoluer sur le fil (du funambule ou du rasoir) est la plus évidente. En effet, les deux groupes jouent de / sur la frustration / l’intensité. Retenue paradoxale. The Horrors ne devient jamais ce groupe de rock puissant que leur offrirait la présence d’un second guitariste. Isis ne verse jamais dans un métal qui lui tend les bras (piégeux). Si ces deux partisans d’une démesurée mesure font monter leur musique, c’est pour mieux la tenir en équilibre au bord du précipice. Ils refusent de faire ce que vous attendez d’eux et vous obligent à réfléchir (une punition ?). Sans doute plus difficile à maintenir que l’inverse, l’excès libérateur, les My Bloody Valentine vomissant leur pouvoir sonore pour les uns, les Dillinger Escape Plan sans retenue pour les autres.

the horrors isis

Certains pourront conclure qu’à rester entre la contemplation et la fureur, on devient tiède. Ce serait comme considérer Caspar David Friedrich un peintre de paysage.... Après tout, pourquoi pas ? C’est, sans aucun doute, considérer que réfléchir est définitivement.... une punition.

samedi 13 février 2010

Considération inactuelle - 3 : l'éternel retour.

Le marketing et l'art se rejoignent dans la musique. C'est un peu réducteur, mais ce n'est pas tout à fait faux. La pub télé pour le dernier album de Massive Attack, Heligoland, en est un exemple éloquent :

"Massive Attack, l'avant-garde de la musique électro est de retour".

Il faudra dans ce cas, expliquer comment une "avant-garde" peut-elle effectuer son "retour" ? Les termes paraissent pour le moins antinomiques... L'avant-garde, par définition, rejetant le passé pour avancer, ne peut de toute façon pas revenir. Elle ne serait plus de l'avant-garde.... Bref.
Deux explications rationnelles à tout cela :
- les chefs de pubs sont, et c'est connu de tous, d'ardents admirateurs de Nietzsche et de sa théorie de l'éternel retour du même.
- la publicité est produite par France Inter (radio d'avant-garde de 1947) dont le slogan est : "France Inter : la différence". Tout s'explique....

massive attack

On peut noter au passage la pochette arty, et pour cause, de Robert 3D del Naja, leader du groupe, et artiste reconnu de la scène graffiti des années 1980'. Il a d'ailleurs toujours fait preuve d'une volonté farouche d'introduire la création contemporaine dans tous les visuels (pochettes, clips, photos) du groupe....

Et puisqu'il est question d'avant-garde, signalons que les autorités du métro londonien ont censuré les affiches de la sortie de l'album sur lesquelles apparaissait la pochette. Pour quel motif ? Tout simplement en prétextant qu'ils n'autorisaient, dans le métro, "rien qui puisse ressembler à du street art", demandant au groupe de retirer les taches et dégoulinures de peinture....
De la censure avant-gardiste ou le désespérant et éternel retour du même... combat ?

Considération inactuelle - 2 : l'homme est une femme comme les autres.

On a beau être spécialiste du marché de l'art, on n'en reste pas moins homme. Les économètres du site Artprice qui publient leurs résultats sur le site ArtMarketInsight ont conservé une âme un peu fleur bleue....
Dans le dernier dossier sur le dessin contemporain, la star montante de ce médium est la douce et charmante Violette BANKS, une petite demoiselle aussi fragile et sensible que son prénom :

"Dans ce peloton de tête, la plus jeune artiste est Violette BANKS. A 36 ans, elle accumule déjà les expositions collectives et individuelles...".

On vous a mis la photo de la jeune fille en fleur en question : un volontaire pour aller le lui dire ?

banks violette artprice

banks violette artprice








A moins qu'ils aient confondu avec sa soeur....

banks violette girl

Considération inactuelle - 1 : du prix de l'oeuvre d'art.

Pas facile de donner un prix à une oeuvre, que l'on soit jeune artiste ou maître ancien, tout reste relativement subjectif. Dans les limites bien sûr du marché et des valeurs instituées par les autorités compétentes.
La preuve que tout ceci est bien fragile et fluctuant : deux dépêches côte-à-côte trouvées sur le site du journal Le Monde (pas le dernier pour déconner.... il est bien connu pour ça) et estampillées AFP. En deux heures, perdre 29,2 millions d'euros, ça s'appelle un sacré krach, non ? A moins que cela soit une stratégie pour faire rendre le dessin dérobé.... pas un si bon coup que ça, ce Degas....

degas vol le monde afp