dimanche 31 janvier 2010

Au suivant.

On l'a vu, l'art s'infiltre dans l'esthétique visuelle de bon nombre de video clip. Comme un gage d'intellectualisation, ces références tentent avant tout un rapprochement, voire une unification de la high and low culture. Certains font appel au dernier trublion de la création contemporaine, alors que d'autres recyclent les grands noms. Jay-Z depuis quelques temps flirte avec l'art contemporain et s'achète une légitimité et une credibilité intellectuelle... Mais à qui profite le crime ?

Ce n'est pas une découverte. Pour son dernier album, le rappeur américain a posé les bases d'une attitude iconoclaste ostentatoire par la réappropriation ou la pratique citationelle (la pochette). Procédé confirmé au regard de la video de ce quatrième single "On to the next one". Quelles sont dès lors les limites entre l'hommage et la simple récupération mercantile d'éléments piochés dans l'histoire de l'art récente ?



Si celui-ci déclare depuis 2008 s'intéresser particulièrement à l'art, aime à se montrer à la Art Basel Miami, ou se vante de posséder un Damien Hirst, il semble que l'art lui a permis d'accéder à un niveau supérieur, et de devenir un ami de Larry Gagosian. Ses confrères, Kanye West (citant Koons ou Urs Fischer) ou Pharell Williams (Murakami) le suivent dans cette tentative de coalition. Avec ce clip, fonctionnant comme un tumblr, il poursuit cette quête de perfection mais finit par tomber dans l'accumulation facile.

Dans une esthétique froide, dense, à la chromatique décharnée, se côtoient référents artistiques et éléments symboliques forts. Si certains tentent, dans une paranoïa proche du délire mystique, de déceler dans ces allusions occultes un rapprochement à la franc-maçonnerie ou aux illuminatis, il serait plus intéressant dans un premier temps de comprendre ce qu'apporte l'art contemporain à la musique hip-hop... et à Jay-Z en particulier...

Le clip n'est qu'une longue liste de citations dont le référent principal est le crâne médiatique de Damien Hirst “For The Love of God”. La réplique que l'on voit ici, est progressivement recouverte de peinture blanche puis noire. Le potentiel esthétique de cette oeuvre donne une valeur ajoutée à l'atmosphère déployée dans ces images...

biaggi

Puis on pense à Mattia Biagi (lorsqu'apparaissent le marteau noyé dans la peinture ou le crâne de canidé), à Julian Dashper (avec cette installation aux neons), à Banks Violette (avec l'utilisation de flight cases comme support scénique), à Jeff Koons (avec les ballons de basket, bien qu'on pourrait y voir une destruction du père dès lors que ceux-ci sont enflammés), à Mark Wallinger ou Marc Bijl avec cet imposant cheval, à Hirst encore (avec les pillules).

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Jay-Z democratise-t-il l'art contemporain ou profite-t-il d'une puissance qu'il peine à trouver ?... Il est plus humiliant d'être suivant que suivi... A moins que l'on ne soit passés à côté d'une critique acerbe du marché (qu'il soit artistique ou musical).

mardi 26 janvier 2010

De Charybde en Scylla.

Faire se rencontrer des éléments hétérogènes, provoquer des associations détonnantes, relève soit d'un désir créateur exigeant et curieux, soit d'un inquiétant coup du sort. Car les mélanges quels qu'ils soient ne sont pas forcément sources de renouveau visuel. Les chocs produits sont parfois de formidables éléments d'analyse... Dès lors que ces procédés combinatoires sortent des arts visuels, leur perception n'en est que plus décalé.
Citons deux exemples, l'un heureux l'autre moins...

Un critique américain, Ian Christe, connu pour son regard averti sur la scène métal internationale a monté il y a deux ans une maison d'édition Bazillion Points. Fait intéressant, Bazillion Points s'est consacré à l'édition d'ouvrages très spécialisés, où l'underground se terre au plus profond... Et, il y a notamment ce livre improbable de cuisine : "Hellbent for cooking" par Annick "Morbid Chef" Giroux.

hellbent

En grande adoratrice de la musique de Satan, en ce qu'elle peut avoir de plus lourd, elle a déclaré la guerre à la malbouffe et tente de faire voler en éclat le mythe du metal-head buveur de bière et dévorateur de chips. Mais c'est là qu'est notre propos : que donne l'étonnante rencontre de l'art culinaire et de la musique metal ? L'abandon de soi dans la rébellion extrême, la fascination pour le morbide, et la misanthropie communautariste du metal amènent-ils à la célébration de la vie par les plaisirs gustatifs ? Le livre, au-delà de révéler des recettes venues des quatre coins du monde, donnent la paroles aux musiciens... Et si Mayhem vous invitait à déguster un petit Fårikål... L'idée est aussi loufoque qu'ingénieuse.

hellbent2

Pour d'autres, les mélanges des genres sont plus que déroutants et fascinent par l'incongruité de leur symbolique...
Marilyn Manson affublé d'un t-shirt SMET questionne. Il y a là comme un choc esthétique étourdissant, comme une antonimie vulgaire. Seulement Smet, marque kitsch du non moins kitsch Christian Audigier, ne porte pas aux US la même symbolique qu'en France. En d'autre mot : que produit la rencontre fortuite de Marilyn Manson et de Johnny Hallyday (sur une table de dissection) ?

manson smet

Les caractères profondément opposés des deux référents amènent un non sens, témoignent d'un geste dont l'absurde tend vers le surréalisme. A l'heure où les stars ne sont plus que des hommes sandwich (celebrity wear), on ne s'intérroge plus sur ce qui crée du sens ou sur ce qui au contraire annihile... Manson en Gareth Pugh c'est quand même plus digeste. Question de champ lexical...

lundi 18 janvier 2010

Invasions scandinaves, suite.

On l'a vu à plusieurs reprises, rock et art s'encanaillent et se frictionnent. Il va sans dire que la musique du diable n'est pas l'apanage des télescopages. La musique électronique séduit et inspire également les artistes. Sa froideur et sa technicité drainent bien des idéaux post-modernes. Autant de concepts propres à divers gestes esthétiques : mix, cut, dubbing... Certains se vouent aux dispositifs sonores les plus complexes, d'autres dissocient leur pratique artistique de celle, musicale.
Kim Hiorthoy le fait très bien...

Il est sur tous les fronts. A la fois musicien, graphiste et artiste, ce norvégien a plus d'un tour dans son sac. D'abord (re)connu pour son travail graphique, son identité visuelle s'est vite étendue et élargie. Le label Rune Grammophone lui confie d'ailleurs la totalité des visuels à réaliser. Comme volonté d'unification, il n'y a pas mieux. Puis, des visuels aux sons, il n'y a qu'un pas. En 2001, il sort son premier album "Hei" chez Smalltown Supersound (son label). Imposant déjà un style particulier, entre épuration, simplicité et mélodie faussement généreuse, ses "oeuvres" suivantes n'en seront qu'une savante continuité.

kim hiothoy
"tago mago" 2007- kunsthalle bergen

Il avait commencé à composer aux Beaux-Arts de Trondheim...tout était déjà entremêlé. Le visuel s'inspirant du sonore et vice versa. Quelques disques plus tard, poursuivant sa quête infinie, l'hyperactif touche à tout gagne également une certaine reconnaissance pour son travail pictural. Représenté par l'excellente galerie Standard à Oslo mais également par Juliette Jongma, son oeuvre, souvent dessinée, mixe souvenirs enfantins, agencements hybrides et géométrie.

kim hiorthoy
"pictures" 2007 -pencil on paper

Kim Hiorthoy surprend surtout par cette grande avidité créatrice, aussi fier de travailler pour Motorpsycho, que d'être l'agile homme orchestre derrière son ordinateur, que de manier un simple crayon de bois...

kim horthoy

Et s'il n'était finalement plus question de dénominations, s'il n'y avait plus de frontières entre les styles...

samedi 2 janvier 2010

Du refus comme oeuvre.

2010 est là et laisse entrevoir nombre de nouvelles perpectives. Alors que certains trépignent d'impatience de voir le dernier Scorsese, d'autres, plus rêveurs, attendent la coupe du monde et les plus desespérés comptent sur la fin du monde (si si en septembre !)...
Mais il y a aussi des micro-événements qui s'apprêtent à bousculer toute une microsphère... En effet, les milieux dits undergrounds aussi sont en attente. D'un renouveau ? D'un retour ?

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Pour ceux-là, Varg Vikernes, depuis sa sortie en mai dernier d'une part, mais surtout depuis décembre, est le centre de toutes les attentions. Le plus connu des vikings prépare depuis quelques temps déjà un nouvel album et sème çà et là des informations que viennent glaner chaque semaine ses fans et autres détracteurs... Certains l'attendent comme le messie, buvant chacune de ses paroles, d'autres guettent le moindre faux pas de la bête.
Dès l'annonce du titre du dit album, la controverse enfle. "Den Hvite Guden ", le "dieu blanc", laissait transparaitre à qui voulait bien le voir, quelques relents proche d'un certain darwinisme social... Le huitième album s'appelera finalement "Belus", d'après le nom d'une divinité solaire, et en sera le récit musical de sa vie, dont la mort serait le fondement de la naissance de l'Europe.
La pochette, quant à elle, a également connu quelques modifications... Sur le site burzum.org, le visuel s'est révélé en plusieurs étapes, nous laissant tremblant entre chaque nouvel essai. D'un ensemble inspiré de la statuaire grecque, on découvre finalement une vue de forêt noyée sous des rayons matinaux rasants. L'utilisation d'une photographie surprend tant Burzum nous avait habitué à recourir aux illustrations d'inspiration mythologique. Puis, la vue est passée en negatif ; les couleurs froides et mystérieuses laissant place à une ambiance spectrale. Le travail graphique est grossier et dénote d'un certain détachement quant à l'identité de ce nouvel opus.

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Enfin, le logo, lui aussi, s'est vu renaître de ses cendres. L'ancienne typo gothique simple mais efficace disparait au profit (?) d'une police toujours gothisante mais ornée de motifs floraux, un brin plus complexe. S'il est vrai que Burzum a connu plusieurs logos ( sur les démos notamment...), le changement brutal brouille encore une fois les pistes. Là où l'on tente de déchiffrer l'indéchiffrable, n'y a-t-il finalement pas que refus et déni d'identité ?

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Varg expliquait lui-même très bien sa volonté de ne pas suivre les tendances du black metal, notamment en choisissant une typo simple et dépouillée, il nous révèle maintenant son désir de voir renaître le groupe, de lui ofrir une nouvelle vie, un nouveau visage. La police choisie ici et récupérée sur un site de téléchargement gratuit montre bien le non intérêt pour la chose esthétique. Varg Vikernes s'est demarqué par sa volonté de ne pas être un suiveur mais il ne se veut pas non plus original. Il se moque aujourd'hui de faire ce qui, peut-être, a déjà été fait. Il est dans l'action. Une action du refus. Il est ce personnage intriguant et inquiétant dont le pouvoir persiste.
Burzum voudrait se définir par son essence et non par une quelconque incarnation visuelle. Burzum voudrait ne pas avoir besoin d'être Burzum pour exister.
La musique ne se voit pas mais s'entend, espérons pour cela que ce qu'il a à offrir aux oreilles du monde soit digne de ses espoirs...

mercredi 23 décembre 2009

Possessions diaboliques.

Noël arrive et les commerçants vous guettent comme des vautours. Ils tentent de vous apâter par tous les moyens. Pour les plus mélomanes, les maisons de disques aussi pensent à vous et à vos désirs avides. Ils savent viser là où le bas blesse.

En ces temps de fêtes, il y a toujours un morceau inédit, un live improbable à révéler et s'il n'y a rien, c'est le packaging qui se voudra original. Ainsi fleurissent en tête de gondole ou sur internet, nombre de best of, éditions limitées deluxe, produits dérivés et dérivants.

Il faut voir également derrière ces opérations commerciales une tentative de palier aux chutes de ventes de CD. Le désintérêt croissant envers ce mode d'écoute coïncide avec la recrudescence de prestations améliorées, prestigieuses des produits. La rareté pousse davantage à la possesion. Ainsi, les prix de ces objets luxueux frôlent parfois des sommets...

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Certains se feront plaisir cette année en s'offrant le coffret Minotaur des Pixies (les 5 albums du groupe, un cd plaqué or (?), un vinyl, un DVD, un blu-ray (??) et autres livrets et affiches), d'autres chercheront le plaisir avec le coffret Liebe ist fur alle de Rammstein (6 godemichets moulés sur les "membres" du groupes, des menottes, du lubrifiant, et quand même le dernier album...). Gare au péché de la tentation...

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Il est intéressant de constater que l'intérêt pour l'objet grandit proportionnellement à son prix. On peut observer le phénomène inverse dans l'art contemporain. Les oeuvres souvent inabordables trouvent des équivalents "slow play". En proposant des multiples, affiches, badges, éditions diverses, les artistes nous tendent un peu la main...
Les produits issus de l'industrie musicale se veulent parfois être des objets d'art alors qu'au même moment les artistes s'invitent dans votre quotidien...
En terme purement marchand et spéculatif, peut-être vaut-il encore mieux miser sur l'art lui même... A vous de choisr votre péché...

mercredi 16 décembre 2009

Du crâne à la ligne.

Le metal, dans son acceptation la plus large, est un genre dont le graphisme des pochettes a une importance toute particulière. Comme pour beaucoup, son univers visuel s'enracine et se confond avec le musical. Mais un nombre important de pochettes privilégie l'illustration, la peinture, autrement dit la participation et l'implication humaine. Les graphistes deviennent des artistes... les artistes deviennent par la force des choses des illustrateurs. Bien sûr, certains comme Larry Caroll (Slayer...), Ed Repka (Death...), Derk Riggs (Maiden...), Vincent Locke (Cannibal Corpse), ou Andreas Marschall (Obituary...) ont défini des codes identifiables et balisés faits de heroic fantasy, science-fiction, scènes macabres, mythologies... S'il est vrai que l'histoire de la pochette dans le heavy metal pourrait sembler figée, au regard de l'apparition de sub-genres, celle-ci évolue quelque peu. Ce milieu n'est pas fait que de zombies, squelettes, cadavres déchiquetés, croix, boucs... Le champ sémantique s'élargit au même rythme que la palette sonore. Des nouveaux courants apportent de nouveaux visuels...

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Death - Scream Bloody Gore - 1987 - artwork : Ed Repka

En effet des groupes comme Isis, Pelican, Boris, Sunn O))) voient l'avènement d'un nouveau graphisme, plus sophistiqué, plus intuitif, frôlant parfois avec l'abstraction... Les ossements ne sont pas pour autant mis au placard mais il faut bien avouer que le style s'enrichit avec finesse et intelligence. Le problème, qui ne semble pas nouveau pourtant dans le milieu, c'est la récurrence des mêmes auteurs et du coup la standardisation d'un même style. Justin Bartlett ou Seldon Hunt envahissent quelque peu le territoire. Remontons un peu dans le temps et prenons l' exemple de Necrolord. Ce talentueux illustrateur suédois a, par la grande visibilité de son travail, noyé l'identité des groupes. Par la reproduction systematisée de son style, on assiste à l'effacement de la spécificité... N'achetez pas le même jour Sacramentum, Necrophobic, Morgana Lefay, Dissection, Dark Funeral et Emperor, vous aurez l'impression d'avoir 6 fois le même disque... Bartlett et Hunt sont comme des princes, des expositions leur sont même consacrées... S'il est vrai que leur syle respectif (d'un dessin ciselé, englué dans un noir saignant à une abstraction numérisée et complexe) fait d'eux des créateurs à part entière, leur statut n'est pas celui d'un artiste.

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TYRANT - Hell to pay - 2008 - artwork:Justin Bartlett

Si, à l'instar de Chuck Schuldiner (ayant réalisé le logo de Death, son propre groupe), Stephen O'Malley, Aaron Turner (de Isis) délaissent le manche de guitare pour les pinceaux (ou le stylet), il est appréciable de voir ces musiciens être impliqués dans l'architecture visuelle. Sans aucune complaisance mais d'une manière peut-être plus détachée, ils déambulent dans des méandres esthétiques plus librement. Cette nouvelle génération d'illustrateur est assez prometteuse (notamment avec Arik Roper) en ce qu'elle parvient à enrichir le genre pourtant très caricatural (croit-on). L'illustration est un art qui n'en est pas un. Si peu de groupes trouvent dans l'art contemporain un ambassadeur esthétique (à part, et citons les encore un peu plus, Sunn O))), avec Monoliths & Dimensions), beaucoup ont trouvé chez les classiques un étendard. Gustave Doré, Albrecht Dürer, William Blake sont très "metal" finalement... D'autres ont préféré le charme et le charisme d'illustrateurs du XIXe comme Burzum avec Kittelsen... On s'étonne dès lors que des illustrateurs comme Albín Brunovský ou Harry Clarke n'aient pas connu un adoubement musical. La frontière est finalement bien spongieuse entre toutes ces sphères. Mais les intérets premiers sont pourtant si éloignés.

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Harry Clarke

Enfin, et par phénomène de répercussion, certains artistes contemporains s'inspirent largement de cette imagerie foisonnante comme par exemple l'excellent Jay Heikes, et par palingénésie, on pourrait voir les frères Quistrebert être appelés à leur tour.
Rejouissons-nous enfin de cette lente mais certaine évolution du graphisme dans la musique metal. Il faut apprendre à voir où le mal se cache... Il est ce baphomet menacant mais peut aussi se cacher derrière une simple ligne droite...

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Quistrebert bros - Diablotin Fuyant - 2008

samedi 12 décembre 2009

Do It Better.


A ajouter à notre classification ci-dessous, dans la catégorie
semper gaudium : Richard Wright.
Il n'est pas cet écrivain noir à la plume trempée de courage, il n'est pas non plus ce musicien psychédélique au clavier ténébreusement jazzy, et encore moins ce gardien de but aussi à l'aise dans une cage que sur un tracteur. Richard Wright est artiste, et qui plus est, artiste anglais. Cette précision identitaire trouve une pertinence toute particulière au regard du rapport qu'entretient l'artiste avec la musique. Adoubé récemment par l'establishement anglais sous le glaive du Turner Prize, Richard Wright voit enfin son travail devenir oeuvre aux yeux du grand public. Et de ce fait, cette médiatisation soudaine met en lumière son autre activité : la musique donc. Richard Wright est également le guitariste du groupe Correcto. Il faut dire que la présence du batteur des Franz Ferdinand au sein de celui-ci avait déjà attiré quelques curieux...

Un premier album sorti chez Domino Pias en 2008 dont la pochette était réalisée par l'artiste lui-même (qui aurait pu être mieux placé ?) propose un rock post-punk, un brin arty, mais sans grande surprise au final (et dont "Do it better" est le deuxieme single). Se définissant comme un "art school punk band", les Correcto se font d'abord plaisir. Il y a chez eux, cette urgence primaire à faire du rock, mais peut-être que le groupe existe simplement par évidence.

correcto wright

On retiendra de Richard Wright, non pas ses guitares gémissantes, mais une oeuvre absolument divine de subtilité et de force. Entre enluminure moyenâgeuse et delicatesse conceptuelle, ses wall paintings viennent frôler, dans un élan éphémère et fragile, les murs froids et atonaux des galeries et musées. Certains s'étonnent même qu'il réalise lui-même ses oeuvres (sans aide d'assistant), et à la main en plus. Musicien moyen mais artiste génial, une règle?

richard wright tate

jeudi 10 décembre 2009

Théorie synthétique de la mutation de la musique par l'art.

Musique et art contemporain sont pieds et poings liés. Le réseau d'interactions qui les relie est immense. Il existe un phénomène, observé depuis un certain temps, qui corrobore notre propos. Il s'agit de la naissance de groupes de rock au sein des écoles d'art ou créés par des artistes eux-mêmes. Il y a ceux qui s'y essaient pour parfaire leur formation artistique (question de sensibilité) et ceux qui poursuivent malgré tout, et parfois assez discrètement, une double activité : artiste et musicien. Le nombre des musiciens professionels ayant fait des écoles d'art est bien trop important pour être abordé ici.

Dans les deux catégories citées, appelons-les "unicus" et "semper", on observe deux sous-ordres. Les groupes dont la musique est le prolongement des oeuvres plastiques de leurs auteurs-artistes : les "continuum" ; et ceux dont la musique est à percevoir simplement comme source d'inspiration, comme vécu expérimental et jouissif, les "gaudium".

Cette classification s'intéresse exclusivement aux artistes connus dans un premier temps pour leur travail artistique et jouant dans des groupes (dans un principe d'extériorisation).


Observons désormais de plus près chacune des catégories à l'aide d'un échantillonage :


Unicus Gaudium

Menthol Wars - Robert Longo + Richard Prince

The Poetics - Tony Oursler + Mike Kelley

Fat Les - Damien Hirst

DonATeller / Jack to Jack - Mark Leckey

Boy Hairdressers - Jim Lambie

Floppy - Georgina Starr

The Perfect Me - Thaddeus Strode + Jim Shaw + Marnie Weber


Unicus Continuum

Les Ruines Prochaines - Pipilotti Rist

UJ3RK5 - Rodney Graham + Jeff Wall + Ian Wallace

Mon Ton Son - Christian Marclay


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Black Dice


Semper Gaudium

Black Dice - Bjorn Copeland

Mars - Nancy Arlen

Mittagspause - Markus Oehlen

Workshop - Kai Atloff

The Sea and Cake - Sam Prekop

Split - Jacques Julien + Hugues Reip + Dominique Figarella

DJ Sid - Sidney Stucki

Big Buttom - Angela Bulloch

Ken Ardley Playboys - Bob & Roberta Smith

Lowest Expectation - Angus Fairhurst

Stone Roses - John Squire

The Customers - Daniel Pflumm

Idiots - David Ancelin

Angel blood - Rita Akerman

The Rodney Graham Band - Rodney Graham

Marnie - Marnie Weber

Gotterdammerung - Marc Bijl

10Lec6 - Simon Bernheim

Gang Gang Dance - Brian Degraw


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The voluptuous horror of Karen Black



Semper Continuum

Electrophilia - Steven Parrino + Juttah Koether

The Voluptuous Horror of Karen Black - Kembra Pfahler

New Humans - Mika Tajima

Herme(neu!)tic rock - Elodie Lesourd

DNA - Robin Crutchfield

Luxus - Martin Kippenberger

Van Oehlen - Albert + Marcus Oehlen

Destroy All Monster - Mike Kelley +Jim Shaw

Oneida - Martin Creed


Au regard de ce fragment de classification non exhaustive, on se rend compte que la plupart des groupes montés par des artistes n'ont pas de prétentions artistiques ou performatives. La musique, et le rock en particulier, est avant tout un mode de vie. Mais la frontière art/musique est assez mince et le fait de jouer dans un musée ne fait pas d'un groupe une oeuvre, et inversement....


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Electrophilia


samedi 28 novembre 2009

Sasha Grey : Natacha Von Braun ?


A quoi sert la culture ?

Voilà une question que vous vous êtes sans doute souvent posée. A faire de vous une star du porno « hype », n’est sans doute pas la réponse que vous avez apporté le plus fréquemment. C’est pourtant bel et bien le cas pour Sasha Grey, actrice principale du dernier Steven Soderbergh (Girlfriend Experience) mais aussi d’autres productions plus indépendantes et confidentielles auparavant.
Alors que l’on vous expliquait récemment comment Lady Gaga est devenue un personnage pertinent, prescripteur, par le recours immodéré à des stratégies issues de l’art contemporain, un autre personnage sulfureux cherche à s’anoblir par la culture et à sortir de l’ombre envahissante.
Sasha Grey choisit une option différente de Lady Gaga, couverture médiatique réduite oblige. Elle, qui souhaitait à l'origine prendre Anna Karina comme pseudo, expose, en dehors de son corps (point partagé, dans une moindre mesure, par Lady Gaga), une connaissance quasi-encyclopédique, best-ofienne, de la culture underground internationale, toutes époques confondues, tous domaines épuisés : Faust, Throbbing Gristle, Sunn O))), Mayhem, Death from above 1979, Coil, NIN, Tool… pour la musique / Godard, Antonioni, Van Sant, Lynch, Corine, Clark, Bertolucci, Malle… pour le cinéma / Baudrillard, Nietzsche, Brecht, Burroughs, Sartre, Warhol… pour la littérature. On frôle franchement l’overdose. Alors, pourquoi une telle débauche, pourquoi un name-dropping à la limite de la caricature ? Pour sortir du porno la tête haute ? Même pas.

sasha grey art culture


A quoi sert la contre-culture ?

Sasha Grey qui se définit comme existentialiste, pornstar et artiste, ne souhaite pas, a priori, arrêter les films pour adulte. Elle ne peut décemment pas non plus mener une lutte perdue d’avance dans une Amérique puritaine pour un retour libre à la pornographie du type fin 1960’. Que cherche-t-elle à faire ?
A réhabiliter une contre-culture moribonde ? En réintégrant la pornographie dans le champ d’une sous-culture complexe, vénérée, influente, elle permet de créer un lien entre deux univers aux relations distendues. Mais permet-elle pour autant à chacune d’entre elle de tirer parti de ce rapprochement ?
Elle tente, plus sûrement, de se couvrir des ors d’une culture admirée par l’intelligentsia mondiale. Elle se place en modèle d’une culture sulfureuse, assumée, brillante. Diabolique sans doute aussi. Femme symboliste inquiétante. Elle démontre en tout état de cause une utilisation étonnante de son savoir, de ses goûts, de ses orientations. Elle aurait pu choisir d’opter pour le contre-pied, l’affichage d’une culture « classique » qui, de part son décalage, n’aurait sans doute pas permis l’obtention d’un blanc-seing (noir-seing ?) de ses pairs cachés ou oubliés. Elle n’aurait pas été crédible, étrangement. Alors que dans son choix, tout est si sciemment calculé, que tout passe avec un naturel déconcertant. Elle n’hésite pas à se poser en « performeuse », reprenant une idée mise en forme par Cosey Fanni Tutti (une influence évidente) au sein de COUM (Prostitution au ICA Arts Centre de Londres en 1976). Et pourquoi pas après tout ? On vous pardonne tous les excès si vous êtes capable de citer Klein, Rothko, Judd et Rauschenberg parmi vos artistes favoris…

coum prostitution sasha grey art culture

Et pour parfaire le tout et mettre la dernière touche à la panoplie, elle est guitariste / chanteuse (version minimalisante dans les deux cas) au sein du groupe Atelecine. Qui a osé dire qu’une œuvre de la série La Sainte Vierge de Kendell Geers ferait une très belle pochette ?...

kendell geers sasha grey art culture

jeudi 26 novembre 2009

Gagaïsme.

A force de nous répéter que l'année 2009 est celle de Lady Gaga, on finirait par le croire. Son succès inattendu et inespéré (après plusieurs tentatives) voit, au-delà de sa pop musique lisse et standardisée, l'emploi récurrent d'emprunts, de référents. Pratique commune de notre époque devenue complètement acquise et banalisée.
lady gaga

L'emprunt s'incarne chez elle dès la conception de son "personnage". Lady Gaga en référence au morceau Radio Gaga... Mercury est plus qu'une inspiration à ses yeux, au même titre que Bowie ou Grace Jones (puisqu'il faut bien citer une femme).
Mais, en parfaite "chef de projet marketing" warholien (elle a même lancé la Haus of Gaga), elle use et abuse du name dropping. Une façon d'intellectualiser la démarche sans doute... Mais dans une volonté toujours plus forte d'atteindre le produit parfait, elle côtoie le milieu de l'art contemporain, s'en inspire et finit par y être invitée.
Ses clips d'abord, notamment Bad Romance, illustrent assez bien l'influence de l'art sur son travail. On pense entre autres à Matthew Barney, David Lachapelle... et également Terence Koh. On entend d'ailleurs ça et là des rumeurs de collaboration entre ces deux derniers.
lady gaga

matthew barney

Mais c'est le 14 novembre dernier que cette relation se concrétise. L'artiste Franscesco Vezzoli, remarqué avec son oeuvre Greed mêlant luxe, cinéma et art contemporain, présente une performance menée par la Lady lors de la soirée organisée pour célébrer les 30 ans du Moca de Los Angeles. Ballets Russes Italian Style (the shortest musical you will never see again) a bien entendu fait grand bruit. BolchoÏ et pop musique se marient dans les nimbes de Gehry et Prada aux sons d'un piano Steinway customisé par Damien Hirst et au milieu... Lady Gaga. La pop icône (et oui, déjà) est-elle dès lors utilisée comme un objet ou sa présence seule au sein de l'oeuvre de Vezzoli, comme pouvait l'être celle de Nathalie Portman, dessine le concept ? Peu importe, Lady Gaga a atteint la High Culture. Elle fait désormais appel à Hedi Slimane pour la réalisation de la pochette de son dernier single... et enfin, c'est Araki qui, pour un numéro du Vogue Japan photographie la chanteuse... Elle devient alors elle-même l'oeuvre d'art.
Finalement, il est assez difficile aujourd'hui de savoir qui a besoin de qui. Elle avait besoin des autres pour exister mais fait à son tour exister les autres... Gaga n'est pas encore Dada mais tente par l'extravagance et la provocation de s'inscrire dans l'histoire... On verra bien.

terence koh
ladygaga