mardi 25 août 2009

Jay-Z : 3ème modèle ou modèle x3 ?

On le sait, le rap est plutôt coutumier du remix, de la réappropriation, réochestration, détournements et réévaluations d'une culture présentée supérieure pour la remodeler à son image (Lacoste inclus ?). Etranges miroirs et étranges procédés qui trouvent une expression magnifiée chez un artiste comme Kehinde Wiley.
Dans ce cas, pas très surprenant de retrouver sur la pochette de The Blueprint 3, nouvel album de Jay-Z, un style directement récupéré chez Georges Rousse. Apparemment, il est allé jusqu'à copié le procédé de l'artiste français (peinture patiente, précise, méticuleuse et mathématique) de chaque élément, ode à la perspective, refusant Photoshop et renouant ainsi avec des valeurs "traditionnelles" reprises dans l'accumulation des instruments acoustiques de l'image et la guerre déclarée à l'informatique débordante, envahissante, pratique mais dangereuse (cf. DOA (Death Of Auto-Tune), 1er single de cet album). Difficile de jouer pour autant les "Pères la Vertu" quand on prend autant de liberté avec le droit d'auteur (véritable fierté nationale !)....
Pour les plus pointus, on peut également y avoir une extension Epidemik des travaux de Joël Hubaut dans le rassemblement accumulatif par couleur des éléments.... Joël Hubaut ou l'équivalent du vynil aux beats mythiques mais oubliés remis aux goûts du jour par un jeune DJ téméraire et explorateur.... comme l'est / a été / est toujours Jay-Z ?

Jay-Z, The Blueprint 3 :
Jay Z blueprint 3 art georges rousse

Georges Rousse, Matadero 2007, c. : Georges Rousse, Galerie RX, ADAGP :
Jay Z blueprint 3 art georges rousse

Joël Hubaut, Epidemik :
Jay Z blueprint 3 art georges rousse,Joel Hubaut Epidemik

jeudi 20 août 2009

(Dis)cover art.

Il faudrait discerner les différents niveaux de télescopage entre art et pochette de disque:
1-les artistes qui introduisent dans leurs oeuvres ce matériau riche.
2-les groupes qui font appel aux artistes pour réaliser leur pochette.
3-les artistes qui font référence à des pochettes réalisées par d'autres artistes (Sgt Pepper de Peter Blake). On atteint ici une mise en abîme périlleuse mais néanmoins intéressante.
La pochette de disque s'est immiscée dans le champ de l'art contemporain depuis un certain temps. Porteuse de vérités d'une culture populaire toujours plus incisive, elle est un référent incontournable. Aussi, qu'elle soit présentée dans son apparence la plus tangible ou associée à d'autres (Christian Marclay, Graham Dolphin...) ou qu'elle se fonde dans un ensemble cohérent (Andrea Mastrovito, Gregor Hildebrandt...), son emploi nous interpelle parce que l'objet est reconnaissable en tant que tel et donne du sens à l'oeuvre.
Que penser alors du concept Paint my album des jeunes anglais Anthony Richardson and Diarmuid White ? Soit repeindre à l'aide de Microsoft Paint des pochettes de disques.
Au-delà du jeu de reconnaissance, de mémoire, il y a la question de l'amateurisme et de ce qu'il apporte au réel. Ce concept dresse quand même un certain état des lieux de ce que pourrait être le panthéon des" cover art". La pochette de disque est un élément trivial appartenant à la "low culture", si par l'art ce signifiant atteint les sphères de la "high culture", que devient-il lorsqu'il replonge en dessous du "low" ?

Andrea Mastrovito, Untitled (Sepultura), 2003, peinture, collage et découpe sur bois, 31 x 31 cm.
Photobucket



Gregor Hildbrandt, Joy Division – Substance, 2007, Bande magnétique sur toile. 174 x 134,7 cm.
Photobucket


Pochettes vues sur Paint My Album.
Photobucket

Photobucket

mercredi 19 août 2009

Anti Satan /Anti Black (Anti world is on my back).

Tout vient d'un spot publicitaire d'une nouvelle marque de jean : Anti Sweden. Une agence de design norvégienne Anti a décidé de déterrer des zombies à l'aide de pelles en or. En s'inspirant de ce que la Norvège a offert au monde de plus sombre, le black metal, cette campagne est un coup de génie, un coup d'Odin ! Rappelons quand même que les membres de l'Inner Circle étaient en guerre "intellectuelle" avec les ennemies suédois.
Justin Bartlett y déverse ses "killustrations" toujours plus ciselées et maléfiques (celui-là même qui réalise grand nombre d'art covers). Sunn o))) noie de son drone envoûtant des images inversées. On vous plonge ici dans une atmosphère des plus paganistes. Et la marque manie les codes à merveilles : croix inversées, bouc, pentagramme... Il y en aurait presque un peu trop ! Mais la vidéo rappelle dangereusement une œuvre de Marco Roso. Artiste new yorkais aux multiples facettes, il s'est fait connaitre notamment grâce à une vidéo remarquable "Headbangers..." dans laquelle de jeunes femmes secouent leurs cheveux à la manière d’un Kerry King (à nouveau chevelu) !
Les images sont ralenties et diffusées à l'envers (allusion aux sataniques backward tapes) et produisent un effet hypnotique et troublant.
Anti sweden, même en faisant appel aux maîtres des lieux, sombre quand même dans le déjà-vu. Mais tout n'est qu'une histoire de séduction et d'envoûtement : le marketing !



anti sweden

Photobucket

Marco Roso - Headbangers of the world Unite...Hell is Here- video 2004
Photobucket

Photobucket

vendredi 31 juillet 2009

"It's like country music tribute to heavy metal".

Il pensait que le batteur était le musicien en retrait, en arrière plan. Il considérait la batterie comme métaphore de son pays : la Nouvelle Zelande.
En admirateur de Donald Judd dont il collectionnait quasiment toute la bibliographie, Julian Dashper incarne le minimal pop. Il questionnait dans son travail l'art, son histoire et son statut en le télescopant à la culture populaire. Ce qui le rendait voyant, visionnaire et percutant. Sa dernière pièce est la plus minimale et s'incarne dans la disparition. Des larmes rouges cadmium couleront sur nos oeuvres.
C'est le Big Bang... On vient de perdre le leader du groupe.
Ses quelques fans sont éplorés, les autres vont se prendre de plein fouet son art qui deviendra incontournable.

Photobucket

lundi 27 juillet 2009

Claude Lévêque : L'Ange Schluss.

"A un moment donné, je suis allé à la fenêtre et je l'ai ouverte : le vent faisait un bruit violent et l'orage s'approchait. Dans la rue, juste devant moi, il y avait une très longue banderole noire. Elle avait bien huit ou dix mètres de long. Le vent avait à moitié décroché la hampe : elle avait l'air de battre de l'aile. Elle ne tombait pas : elle claquait dans le vent avec un grand bruit à hauteur du toit; elle se déroulait en prenant des formes tourmentées : comme un ruisseau d'encre qui aurait coulé dans les nuages".

Troublante la similitude entre cet extrait du roman Le Bleu du Ciel de Georges Bataille et la dernière installation de Claude Lévêque Le Grand Soir à Venise. Les titres des oeuvres pourraient d'ailleurs être quasiment échangées dans un renversement poétique dont les deux sont coutumiers....
Si Bataille traite de l'assassinat d'Engelbert Dollfuss, celui-ci est un personnage on ne peut plus sujet possible des débordements de Lévêque (pour peu qu'il revendique une acception politique de son travail). Un homme extrêmement petit rêvant de grandeur, fasciste reconnu héros par son opposition au nazisme (!), les antagonismes se métamorphoseraient sûrement en morceaux de poésie du réel dans les mains du créateur du Arbeit Macht Frei en 1992....

Claude Leveque Grand Soir Georges Bataille

dimanche 26 juillet 2009

Vikings post-modernes.

Ils explorent le monde pour en tirer la substantifique moelle. Ils combattent leurs propres démons et terrassent leurs ennemis. Téméraires et visionnaires, ils bravent les interdits. Ils défient les dieux et jouissent impunément de leur liberté intellectuelle. Ce sont des hommes dangereux parce que trop ancrés dans un réel que l'on voudrait masquer. Capables du pire, ils sombrent dans les tréfonds de l'âme et côtoient l'infamie, l'obsession et le mal.
Aux portes des enfers, leurs existences s'intensifient, leurs oeuvres transcendent...

Dash Snow et Varg Vikernes évoluent dans des sphères totalement différentes et sont mus par des désirs et des idéaux hétérogènes. Ils incarnent pourtant tous deux un genre de guerriers des temps modernes dont la chute brutale les propulse soudain au rang d'icônes. Délivrés de leurs emprisonnements, les voici libres, et bientôt omnipotents...

« La mission par échanges culturels, puis par la parole, puis par l’épée » K.D. Schmidt

Photobucket

varg vikernes

vendredi 24 juillet 2009

Improved Geometric Philanthropy.

Du Canada, vous pouvez ramener du sirop d'érable, des queues de castor séchées ou du pâté d'orignal mais, comme on vous le suggerait il y a peu, leur musique vaut largement plus le détour...
Deux personnalités nous intéressent particulièrement : Ryan Dahle et Steven Shearer. L'un est musicien et l'autre artiste. Le premier a joué dans divers groupes : Age of Electric dans un premier temps puis Limblifter. Entre pop classieuse et rock alternatif, sa musique est fluide et reconnue (3 morceaux classés dans les charts canadiens !!!). Puis, il décide de passer de l'autre côté du miroir et produit des groupes comme Hot Hot Heat ou encore the Manvils. En août prochain, sortira son premier album solo Irrational Anthem...
Le second est un artiste exceptionnel, un visionnaire à la traine. Usant d'un certain classicisme comme d'une incroyable contemporaneité, il produit un art de l'observation. C'est notamment avec la plus grande attention qu'il dresse le portrait de jeunes hommes cachés sous des chevelures interminables. La musique transparaît souvent dans ses oeuvres parfois complexes mais toujours justes... émouvant, drôle, intuitif et franchement doué, il est l'artiste à connaître.
Mais à part leur nationalité commune, qu'est ce qui rapproche ces deux hommes ?
Vous l'aurez compris l'un a fait la pochette de l'autre ! Mais la collaboration est d'autant plus intéressante qu'ils sont des amis proches et s'inspirent mutuellement... Quand on vous dit qu'il y a des ponts entre les deux...

Ryan Dahle photographié par Steven Shearer
Photobucket

"Improved Geometric Mechanotherapy Cell for Harmonic Alignment of Movements and Relations" 2009 Steven Shearer
steven shearer

"Man sitting" 2006 Steven Shearer
steven shearer

The Lamb(ie) of God.

Il nous a ensorcellé avec ses Zobops, nous a envoûté avec ses sculptures parfois avésiennes ou résiduelles, nous a exorcisé avec ses silhouettes dignes de tests de Rorsach, voici qu'il nous expie avec cette nouvelle série dites des "found flowers".
Désireux d'introduire la peinture dans son travail sans utiliser le pinceau, c'est en extrayant des motifs floraux tirés d'anciens tableaux qu'il se transforme en génie pictural. Il recouvre ainsi des posters noir et blanc à l'effigie de rock stars de ces fleurs fanées. Comme plongée dans un vase de jouvence, ces éléments prennent corps avec ceux d'icônes déchues. Ces natures mortes deviennent des vanités. Un sentiment de mélancolie s'en dégage et vous plonge dans une contemplation presque stendhalienne. Vous pourrez posséder un de ces joyaux divins si vous achetez dès le 1 septembre le "nouvel" album de Richard Hell.
Destiny Street Repaired est une version ré-actualisée, réparée, soignée du deuxième album de Mr Meyers accompagné à l'époque de ses Voidoids. En tant que fan ultime, notre artiste écossais préféré ( et Douglas Gordon me direz-vous... moins messianique... plus diabolique !!!) en a fait l'artwork en reprenant la pochette de la première version du disque. Dirty Hits de Primal Scream présentait déjà une de ses oeuvres, pour Richard Hell, il a fait du sur mesure. Il fallait au moins cela !

Oh Agnus, Oh Agnus deiiiii...

jim lambie

jim lambie

Photobucket

mercredi 22 juillet 2009

Animal Collective - No Jazz.

Les new-yorkais de Baltimore ont inventé un nouveau concept. Procédant comme leurs prédécesseurs de la no wave, ils ont choisi de déstructurer et d'introduire le risque dans le rock. Seulement voilà, leur dernier concert parisien à la Cigale du 16 juillet laissait place à une déferlante électro parsemée seulement de quelques éclairs acoustiques salvateurs (batterie, guitare). Si l'éclairage maîtrisé accompagné de manière presque formelle les variations rythmiques et mélodiques, les 3 acolytes semblaient heureux dans leurs improvisations de musiciens jazz, enfermés dans une bulle suspendue au-dessus de leur tête. A trop jouer de la boîte (à rythme), on à l'impression de traîner dans une boîte (de nuit) et on se mure petit à petit dans une boîte (en compagnie de l'Espérance, ce qu'on leur souhaite, si on la chance de tomber dans celle de Pandore....). S'il est toujours aussi pertinent de réinterpréter ses morceaux sur scène (comprenant par là que le live est, et doit rester, différent d'un studio d'enregistrement), que l'évolution fait partie du code génétique du groupe, il faut veiller à ne pas se couper, tel le jazz intellectualisé, de ses racines, violentes et salissantes. On les a nettement préférés plus brut(es) au Cabaret Sauvage (tout s'explique) le 23 octobre 2007.... sans doute parce qu'après tout, un collectif d'animaux a plus sa place au milieu d'une piste de cirque, non ?

animal collective jazz

Sous le feu des (Dirty) Projectors.

Au grand jeu du "quel groupe underground sera la prochaine cible hype ?", les paris sont ouverts.
Après Tv on the radio, Animal Collective & Sunn O))) pour les plus récents, on parie volontiers sur les Dirty Projectors. Groupe brillant, bouleversant les codes, probablement jugé inécoutable pour l'auditeur lambda avant qu'il soit adoubé par les Inrocks, Nova et Télérama, il a tout pour réussir et être invité au prochain dîner. La preuve, ils ont même chanté avec Björk dernièrement.... qui dit mieux ?
Cela ne les empêche cependant pas de rester incroyablement novateurs. Vous êtes le public, vous êtes les juges :