mardi 21 juillet 2009

Jérôme Bosch est un poulet.

Quand l'enfant martyrisé par les poulets rencontre l'enfant terrible martyrisant la peinture cela donne un clip forcément empli de terribilità. Le mysticisme sacrilège de Buckethead ne pouvait que s'incarner à merveille dans la fougue et le jeu décalé de Hieronymus Bosch. A plus de 5 siècles d'intervalle, c'est toujours cool de tomber sur un membre de la famille....

Jardin des délices vs. Spokes on the wheel of torment :

Who's afraid of Born Ruffians?

Il faudrait un jour se pencher sérieusement sur le Canada comme nation de rock.... un pays proche des Etats-Unis mais avec une indéniable fibre européenne. L'album Red, Yellow & Blue des canadiens de Born Ruffians, sorti chez Warp l'année dernière, se rapproche inévitablement du Who's afraid of Red, Yellow & Blue? de Barnett Newman, sorti en 1966.
Retour aux sources, simplification jusqu'à la minimalisation, intensité dans le détail, vibration des 3 couleurs primaires, traitement du basique, on retrouve tout cela dans notre trio de brutes sensibles. Comme une "evidence"...

barnett newman yellow red blue born ruffians

barnett newman yellow red blue born ruffians

lundi 1 juin 2009

The Horrors : bon appétit !

Tout apparaît comme sur une assiette de Julia Dombrowski : la douceur sous le monstre, ou le noir recouvrant l'harmonie, c'est au choix. Le dernier album de The Horrors, le groupe le plus vite, mal, décrié, catalogué de ces dernières années, est millimétré. Rien ne dépasse, tout est ciselé et griffé, terrassant les guitares pour revenir à l'essence du rock. Ce disque est incontestablement un disque Factory, quoi qu'en dise l'horrible logo géant du (pourtant très bon label) XL Recordings. On songe évidemment à Joy Division mais aussi à The Passage. Un groupe post-post-post-post-post-punk mais qui en a gardé la profondeur pour en rejeter la superficialité, au contraire de ces concurrents de pacotilles.
Si on ajoute à cela une magnifique pochette d'un flou incandescent, à mettre en parallèle à la froideur posée de la couverture du 1er album, on obtient un album à déguster, lentement, dans une superbe et monstrueuse assiette....

Photobucket

Horrors Primary Colours

Horrors Strange Hosue

Brisure à Senestre.

Bend, Bend, Bend, on my Radio....

L'exposition Bend Sinister d'Elodie Lesourd qui se tient actuellement à la Galerie Olivier Robert remet les choses à leur place. En décalant, décentrant, déplaçant, les peintures, bois gravés et sérigraphies de l'artiste apparaissent comme un "statement" imparable. Elle explose les codes de la peinture et, dans un au-delà du rock, interroge directement notre rapport à l'art, et le rapport qu'il entretient à lui-même.
Plus qu'une exposition, c'est une déclaration de guerre à la fadeur ambiante. Tout est caché, subtil, finement tendu, légèrement glissé, mais suffisamment pour ouvrir la brèche et créer le basculement. Pas d'éclats mais des éclatements. Impressionnant, massif, inamovible finalement. La pierre noire de 2001... est réapparue en 2009 : terrible et redoutable; fascinante.

Elodie Lesourd - Bend Sinister, Galerie Olivier Robert, 5 rue des Haudriettes, 75 003 Paris, 30 mai - 4 juillet 2009.

Elodie Lesourd Bend Sinister

Elodie Lesourd Bend Sinister Koh Violette
Elodie Lesourd, Koh / Violette, 2008. Acrylique sur MDF, 338x140cm. Courtesy: Elodie Lesourd, T. Koh, B. Violette, Galerie Olivier Robert, Paris.

lundi 18 mai 2009

Passer l'arme à gauche.

Photobucket

Pistolet, revolver, carabine, arquebuse et autres... Ces outils de notre monde moderne portent en eux les espoirs d'une toute puissance. Que l'on soit obsédé par la mort ou avide de pouvoir, les armes à feu symbolisent avant tout la peur. On les retrouvent en grand nombre dans l'art contemporain. De Warhol (catharsis oblige) à Chris Burden, de Niki de Saint Phalle à Damien Hirst. Le pistolet inspire, et pas seulement les artistes. Nombre de pochettes de disques arborent fièrement ces bijoux mortels. Mais ce qui nous intéresse ici, ce sont les croisements, les interférences qui interviennent entre les deux champs ou comment l'un peut devenir le miroir de l'autre. Ainsi, on s'amuse de retrouver chez l'artiste Allison Smith les jeux graphiques produits par l'assemblage de plusieurs fusils, jeux qu'avait brillamment et le plus simplement du monde mis en place un certain Manson pour l'affiche et décor de scène de son fameux God, Guns and Government Tour... Sans foi ni loi ; l'arme, lorsqu'on la passe à gauche, nous délivre certes, mais elle est aussi cette ingénieuse complice de nos actes (créateurs) les plus forts.

Photobucket
Allison Smith - Victory Hall, 2005.

samedi 16 mai 2009

Sunn O))) : la 7ème dimension.

Quitte à utiliser un dessin de Richard Serra pour son 7ème album, autant choisir le n° VII de la série des Out-of-Round du géant américain, non ?
Le groupe le plus arty du moment (i.e. l'éphémère successeur de Sonic Youth dans les intellectualisations stériles des critiques... d'art ? de rock ?), Sunn O))) a eu l'élégance et la finesse de choisir un dessin de Richard Serra (le n° X de la série de 1999) pour sa pochette. Si cette partie de l'oeuvre du sculpteur n'est pas la plus célèbre, elle n'est pas pour autant la plus inintéressante. Alors que les terreurs d'acier fragiles seyaient à merveille au rock Monolith du groupe américain, ils optent pour une autre Dimension, pénétrant l'intimité de la création, l'absorption par le cercle profond mais restreint. Choix judicieux, dangereux aussi, qui, aux commentaires officiels accompagnant la sortie de Monoliths & Dimensions semble parfaitement coller aux dernières expérimentations du groupe....
Réponse le 18 pour le verdict musical.

Richard Serra - Out-of-Round VII :
Photobucket

Sunn O))) - Monoliths & Dimensions :
Photobucket

Primal Scream : cerveau reptilien.

Il y a bientôt 3 ans jour pour jour, les Primal Scream sortaient Riot City Blues. Peu importe la qualité musicale de l'album (cela dépend de la vision que vous avez de ce que doivent être les Primal Scream), ils signaient par la même occasion une des plus belles pochettes de l'histoire du rock récente. Sans contestations possible (nous n'en accepterons d'ailleurs pas...).
C'est simple, infiniment réflexif, esthétiquement troublant. C'est beau comme la rencontre fortuite sur une pochette de disque (disséquée) de William Eggleston et de James Lee Byars. Tout simplement assourdissant.

Photobucket

vendredi 27 mars 2009

La Voix de son Maître.

Puisqu'on vous le dit... (petit rappel ici).
Le commissaire Eric Troncy, co-directeur du Consortium de Dijon, l'exprime sans doute mieux que nous, et en bien peu de mots...
Comme quoi, les voix du Seigneur sont impénétrables... Alléluia !

Un autre avis intéressant à lire par .

Extrait de l'émission "Tout arrive !" d'Arnaud Laporte du 6 mars 2009 sur France Culture :


Pour les malentendants, en voici la transcription :
"Si quelque chose incarne le "n'importe quoi" dans ce musée, c'est quand même bien l'exposition de Marlène Mocquet. Elle est ce qui se fait de pire aujourd'hui, de plus idiot, de plus absurde, de plus laid, de plus révoltant, de plus inepte... Et donc, à tout prendre, il vaut mieux encore être à l'étage de N'importe Quoi qu'à l'étage de Marlène Mocquet". E.T. l'extra-terrestre.

dimanche 1 mars 2009

Gregory Crewdson : Beneath the remains.

Les photographies de Gregory Crewdson ont l'énorme avantage de tout dire en peu de mots, voire, plus précisément, dans un silence complet et total. Paysages désertés ou acteurs immobiles, rien n'y fait, tout se passe dans le calme et l'absence de tout. Les explications deviennent superflu tant tout est limpide, tant les compositions se passent aisément de tout commentaire. Comme pour un film de Lynch dont les univers sont contigus. Représentant de ce que l'on a appelé la photographie picturale emmenée par Jeff Wall, Gregory Crewdson a su créer une atmosphère à la fois hautement singulière et étrangement familière (on peut naturellement évoquer Edward Hopper, Stephen King, René Magritte, Wes Anderson dans ses influences immédiates et déclarées). Si les oeuvres possèdent une force inhérente indéniable, il demeure, telle une persistance rétinienne encombrante, un sentiment, non pas de déjà-vu, mais de reconnaissance qui peut troubler, déranger parfois.
il est tout à fait logique pour le guitariste punk des Speedies de prêter son art à des pochettes telles que le And Then Nothing turned itself inside-out des Yo la Tengo ou inspirer celle du Fur & Gold des Bat for Lashes. Comme on le disait, ses images ont l'énorme avantage d'être immédiates dans l'ambiance qu'elles imposent comme dans leur appréhension. Et laissent sans voix...

Exposition Beneath the roses, du 28 février au 25 avril 2009, Galerie Daniel Templon, Paris.

Production Still (the Father 02) :
Photobucket
And then nothing turned itself inside-out :
Photobucket
Fur & Gold :
Photobucket
Zap :
Photobucket

jeudi 5 février 2009

Double assassinat dans la rue morgue.

A l'heure où certains pensent qu'il suffit de ramener une guitare et un ampli dans une galerie d'art pour faire une "performance", il est de bon ton de rappeler que la bible performative L'Acte pour l'Art (éd. Al Dante) d'Arnaud Labelle-Rojoux est non seulement disponible mais absolument indispensable à lire....
Alors non, c'est sûr, les "performances" de Lux Interior sur scène n'étaient pas des actes artistiques désirés comme tels mais bien plutôt une manifestation, une ex-istence des pulsions bouleversées qui constituent les fondements du Rock'n'Roll. S'il connaissait inconsciemment les codes de la performance (comme Johnny Rotten pressent le situationnisme), le charismatique leader des Cramps ne recherchait pas la transcendance artistique. S'il l'on a déjà eu l'occasion ici de parler de la réappropriation des Cramps dans le champ de l'art, nul doute que ce groupe mythique savait délimiter les champs d'expérimentation.
Il est irréfutable que n'importe quel concert des Cramps est plus proche de l'expérience artistique que n'importe quel musicien-pseudo-artiste se produisant dans des centres d'art, confondant art et musique (art majeur et art mineur dirait Gainsbourg).
Après tout, Lux Interior était de la lignée des Lucifer, Prométhée et autres possédés : tout le monde n'a pas la chance de porter la lumière au plus profond de son être....

Photobucket

A l'heure où la petite lampe interne d'Erick Purkhiser vient de s'éteindre et après l'effondrement de Ron Asheton, le Rock vient de mourir une deuxième fois. Et l'on ne cesse d'assassiner son cadavre...