vendredi 28 janvier 2011

le lac mort de Nico Vascellari.

Alors qu'hier avait lieu le vernissage de la première exposition française en galerie de l'italien Nico Vascellari, il est temps pour nous de dresser le portrait de l'artiste en musicien...

Le lac est mort comme le sommet de cette montagne dont il a récupéré la puissance esthétique et sonore en la coulant en bronze. Une sculpture monolithe se dresse au centre de la galerie et devient le temps d'une performance l'instrument d'un rituel orchestré. Nico Vascellari se souvient de son affinité avec les thèmes morbides qu'il conceptualise aujourdhui et transpose dans la sphère de l'art contemporain. Ils viennent de ses amours de jeunesse, de sa passion pour le metal et la musique hardcore. Chanteur du groupe noise With Love, il capture, dessine, emmagasine ses expériences scéniques. Puis il quitte le dispositif du chanteur pour incarner celui du performer. En 2003, dans une galerie de Florence, accompagné de son groupe, il présente une performance intitulée A great Circle. En 2006, c'est timidement qu'il montre une série d'oeuvres, vidéos et performances, inspirées du groupe Slayer.

vascellari
de gauche à droite : N. Vascellari, Stephen O'Malley, John Wiese

Mais petit à petit, avec les With Love, les performances se radicalisent, se précisent. Certaines voient la créations de costumes spécifiques, d'autres sont réalisées en collaboration avec des musiciens incontournables comme John Wiese ou Stephen O Malley pour la Biennale de Venise de 2007 par exemple. Les lieux de monstration sont parfois incongrus comme dans un hotel. Mais en 2009, avec son groupe hardcore Largo Morto, il mène un projet collectif particulier dans sa ville natale et pousse le concept d'incongruité plus loin: 15 concerts pendant 15 jours, tour à tour dans des laveries, librairies, boutique de cd, bars... Ce projet a été ensuite présenté à la Kunsthalle de Graz sous forme d'installation vidéo. En 2010, il monte enfin le groupe Ninos do Brasil, dont la musique mélange des sonorités typiquement brésilienne à une noise explosive sur fond de hardcore avec lequel il donne une performance instinctive et décadente pour l'ouverture d'un nouvel espace en Italie.

vascellari2
Ninos do Brasil, 2010

Nico Vascellari est très productif et son oeuvre protéiforme suit de près ses expériences musicales souvent fondées sur un principe fédérateur et sur des opportunités de socialisation. S'il a d'abord été musicien, on comprend vite aujourd'hui que sa pratique performative s'inspire largement de ces expériences musicales passées et que ces différents groupes qu'il fait bourgeonner ça et là sont en réalité l'expression d'une démarche riche et singulière. Il y a dans tout cela suffisamment de mystère, d'impulsions sacrées et de dévotion pour faire de cet artiste un chaman moderne. Un chaman qui risque pourtant à chaque instant de se noyer dans tous ses symboles...

vendredi 31 décembre 2010

2011.

2011 se profile, comme un nouvel horizon porteur d'espoir...

L'artiste français Claude Closky et son humour (noir) nous invite au jeu du hasard. Entre prédictions et sortilèges, votre destin se joue en un clic. En accédant sur ce lien vous saurez si la chance vous sourira pour cette nouvelle année. Un crochet (le 2) retient une cible (le zéro) vers laquelle sont lancées des flèches providentielles (deux uns).
Comment sera votre 2011 ?

closky
closky

lundi 20 décembre 2010

Rihanna : attracteur étrange.

A seulement 22 ans, la chanteuse Rihanna est un étrange phénomène. Cinq albums, quelques dizaines de millions d'albums vendus, la jeune américaine impose un style, un look entre le kitsch de famille de Beyoncé et l'extravagagance de Lady G.
Si une analyse conjointe de l'évolution de son succès / ses tenues, coupes de cheveux / sa musique, serait un parallèle des plus intéressants à faire (est-elle simplement très bien conseillée ou a-t-elle un réel contrôle et une sensibilité au zeitgeist qui en fait une force de proposition irrémédiable ?). Toujours est-il qu'elle semble attirer le succès de manière complètement naturelle, sans questionnement ni remise en question.

Son dernier single, Only Girl (in the world), Rihanna (ré)invente la chanson remixée. En effet, le titre semble être le remix d'une chanson pop, que l'on ne connaîtrait pas, et qui resterait du coup à écrire (le remix, le vrai). Elle anticipe ce que serait la version "dance" de son titre et le propose comme une projection futuriste où le remix serait l'original. Quand on vous dit qu'elle est une Pythie moderne....

Pour le clip qui accompagne ce titre, elle se permet un clin d'oeil appuyé à une des oeuvres iconiques de l'artiste japonaise Mariko Mori, elle aussi travaillant un futur irréel, fait de délicat chaud-froid. On remarquera que les êtres fantastiques se sont mués en sondes de couleurs, entre métamorphose et retour au réel.

Rihanna
Rihanna - Only Girl (in the world)

Mariko Mori
Mariko Mori - Pure Land

Oui, les stars aiment à s'élever dans le ciel, drapées de longs voiles colorés.... Une distraction comme une autre....

Rihanna2
Rihanna - Only Girl (in the world)

Mylène Farmer
Mylène Farmer - l'Âme Stram Gram

Madonna
Madonna - Frozen

Si l'on ne procédera pas à un récapitulatif des utilisations de feux d'artifices dans l'art contemporain, pas plus qu'on jugera des similitudes à certaines pièces du land art dans le début du clip, on pourra noter tout de même que l'arbre qui conclut ce dernier pourrait être considéré comme une version hollywoodienne de celui magnifiquement pathétique de Philippe Parreno dans Crédits.

Certains, enfin, pourront être amenés à regretter qu'elle n'ait pas choisi de copier un autre artiste japonais, Nobuyoshi Araki, à la place de Mariko Mori, qui s'amuse avec d'autres sortes de balançoires.... Question de goût sans doute.
Nobuyoshi Araki
Nobuyoshi Araki

Rihanna le sait, tout attracteur étrange mène irrémédiablement vers le chaos. Le sien jaillira-t-il sous une forme remixée ?

Atlas but not least : map of metal.

Le metal est un genre musical des plus vastes et plus d'un a pu s'y perdre... Les styles se croisent mais se subsument toujours à d'autres catégories. Il est fait d'entrelacs, de téléscopages et de tentatives micéllaires parfois extrêmes. Aussi, depuis que cette branche du rock amplifié fait de larsens, de martèlements de batteries et de chants gutturaux s'est développée, nombre d'historiens ont tenté de classifier, d'ordonner et de désigner chacun des sous-genres qui la composent. D'autres, de manière plus ludique et personnelle, comme Chuck Klosterman, l'ont honoré au travers de leurs délires narratifs et joussifs. Mais c'est un australien, Patrick Galbraith qui finalement réussi le mieux à en donner une version à la fois historique et ludique... Plus de raison de vous perdre : voici la carte du métal.

map of metal2

Avec l'aide d'un rock-critic Nick Grant, ce designer a donc mis au point la mappemonde d'un territoire imaginaire riche où les styles musicaux sont des pays. La terre principale serait celle à proprement parler du metal, les genres influents seraient insulaires et les fuseaux horaires, devenus des chaînes, révèlent une chronologie. Le graphisme, très DIY en apparence, explore différentes matières textiles (denim, cuir, imprimés) et joue avec les symboles (clichés). Des fils de coton relient les genres entre eux avec nonchalance et simplicité pour une navigation totalement fluide.

map of metal

Les principaux genres sont représentés et l'écoute des groupes phares de chaque scène permet une véritable immersion. Bien sûr, on pourrait vétiller et discuter certains détails (Pantera c'est du Power metal, on ne dit pas rap metal mais fusion, Slayer est à l'origine du Trash metal et non Venom, où est le Blackened Doom...) mais cette carte permet un réel voyage culturel, et se prendre pour un Magellan metalhead, c'est plutôt plaisant... Il n'y a pas à dire, c'est une "putain de bonne idée" !

mardi 30 novembre 2010

Appetite for destruction.

Les fêtes approchant, la question du parfait cadeau se pose et les infinies recherches et quêtes du graal commencent...
Au rayon librairie, des ouvrages peu communs vous tentent peut-être comme ces livres de cuisine un peu particulier : The zombie cookbook mélangeant contes, poèmes et recettes, des plus jouissifs ! Ou peut-être serez-vous attiré par le non moins étrange Get Sick And Turn Blue Cookbook de M. E. Samonek dans lequel sont présentées les recettes les plus écoeurantes et les plus immondes possibles... On en salive déjà ! Ou enfin le relativement plus inquiétant The cannibal cookbook de Nicolas Castelaux.

Photobucket
Aquatic Wall, Sun Yuan, 1998. Une petite suggestion d'accompagnement ?

Premier livre de cuisine du genre qui permet d'inviter ses amis pour le dîner (c'est-à-dire dans l'assiette). Sorti en septembre 2009, ce livre de recette singulier, qui aurait sans doute plu au groupe d'artistes japonais Cadavre, peut déranger et ce pour deux raisons : son contenu et son auteur. Si l'anthropophagie reste somme toute tabou, cet acte n'est pas répréhensible dans notre législation. Mais les (mé)faits cannibales survenant la plupart du temps à la suite de meurtres sont bien sur condamnés (cas récent en France, Nicolas Cocaign). On se demande dès lors quelle serait la pertinence et l'utilité d'un tel ouvrage.
Mais son auteur maitrise toute les subtilités de l'art nécrophage pour l'avoir fièrement pratiqué lui-même. Ce Nicolas Castelaux (nom d'emprunt on l'aura compris) se présente comme un peintre et écrivain, sataniste qui plus est. Collaborant depuis peu avec les éditions Camion Noir (intronisé par le non moins irrévérencieux Jean-Paul Bourre), il a sorti plusieurs ouvrages, notammant sur les Serial Killers ("Je tue donc je suis", "Richard Ramirez, le fils du diable", et bientôt sur Ted Bundy) son sujet de prédilection. Et pour cause, cet ancien prisonnier se découvre peu à peu, au fil des recherches sur la toile. En greffant à son nom quatre lettres anglicisantes, il croyait pouvoir se cacher derrière un "château". Accusé de profanations de sépultures (il recupérait des ossements humains pour faire des autels de bons goûts), condamné pour mutilations et actes de cannibalisme (il volait des membres dans des morgues pour son dîner), il fera 6 ans de prison (au lieu des 12 prévues). Durant ces années d'enfermement, il déploie un travail pictural et épistolaire centré sur les figures de grands meurtriers.

Ce vampire médiatique (figure mythique pour certain) a su faire (bon ?) usage de ses connaissances. On ne lui reprochera pas d'avoir réussi une reconversion même dans le soufre. Il garde malgré tout une aura malsaine et inquiétante qui lui permet sans doute d'être le mieux placé pour parler des serial killers (qui fascinent toujours autant, cf : les murderabilia). Ce Nicolas C. recherche un anonymat de surface mais jouit allegrement de son statut ambigu.
Mais on ne peut pas rester insensible à ce lourd passé qu'il traine et quelque chose nous retient à lire Mayhem & Burzum a feu et à sang (on comprendra son intérêt pour Oystein Aarseth qui partage son goût déviant pour la chair humaine). Quand le folklore dépasse la réalité, la folie devient acceptable et la cruauté humaine s'expose et s'explore... jusqu'à l'os !

mayhemetburzum

mercredi 10 novembre 2010

FIAC : Album review-10.

L'édition de cette année a été plutôt généreuse, riche et impressionnante. Beaucoup d'encre a coulé autour de ces quatre lettres libérant les envies et répulsions de chacun. Il est question ici d'établir le symposium des oeuvres vues se réferrant de manière plutôt explicite à la musique. On ne va pas faire comme ces magazines musicaux qui dans leurs reviews parfois incendiaires affublent dédaigneusement les productions de plus ou moins d'étoiles. Notre séléction subjective et limitée par une profusion enivrante s'est aiguisée sous les mots de Bennett Simpson "L'infiltration de la pop musique est plus intéressante dans l'art dès lors qu'elle permet des contradictions spécifiques à l'art lui-même."

Ivan Navarro, Wail, 2010
Néons, batterie en fibre de verre, miroirs, miroir sans teint et électricité
chez Daniel Templon
ivan navarro
Un clin d'oeil à Dan Flavin et une pleine conscience du détournement de l'instrument, l'artiste chilien nous dévoile ici la profondeur abyssale de la musique...

Victor Man, Faust, 2008
Photo encadrée et pot de peinture
chez Blum and Poe
victor man
Son oeuvre est pour le moins intrigante et cette pièce le confirme. Mais l'allusion à Faust, par la peinture elle-même, nous invite à repenser un certain minimalisme (musical ?).

Terence Koh, Adansonias, 2009
piano, lustre, peinture, perles
Chez Thaddaeus Ropac
terence koh
Les touches noires du piano ont été ôtées dans une tentative de purification du signe. En shaman dandy, Terence Koh poursuit sa quête du sublime, mais l'arme de Damoclès menace.

Alexander Gutke, 1,2,3,4 , 2010
Digital video
chez Gregor Podnar
alexander gutke
Rappelant sa vidéo Solo de 2004 où une baguette de batterie voletait continuellement dans l'air, cette pièce tourne à l'absurde les décomptes du batteur pour n'en faire qu'un brouhaha hasardeux et infini. L'homme disparait derrière la volonté créatrice de l'instrument lui-même.

Steven Shearer, Hollow body, 2010
photolaminate et acrylique sur toile
Chez Eva Presenhuber
steven shearer
Bien que prise de biais, la photo restitue toute la singularité de cette oeuvre du grand Steven Shearer. Une forme ovoïdale enferme deux guitaristes kitschs dévêtus mais parés du membre indispensable à leur puissance machiste, ici une guitare. Comme un oeuf duquel sortirait tous ces anonymes amateurs qui, par l'art, deviennent iconiques.

Robert Longo, Study for Rock Concert, 2009
fusain sur papier
chez Metro Pictures
robert longo
A peine dévoilée au regard du public, cette pièce préparatoire témoigne, malgré un format réduit, d'une grande puissance. Celle d'un artiste talentueux qui se souvient ici de ses rêves de l'époque des Menthol Wars.

Valentin Carron, Untitled, 2009
bois, clés d'accordage
Chez Eva Presenhuber
valentin carron
Cette vraie/fausse guitare nous trouble par sa facture minimale et questionne son identité propre ainsi que sa réalité fonctionelle. Celui qui s'amusait à détourner les fameux solos d'Hendrix se joue de modestie et de discrétion en presentant cette oeuvre simple mais néanmoins percutante. Une guitare carrée comme un hommage à/au Bauhaus ?

mardi 19 octobre 2010

Où il est encore question de Black Metal.

Le Black Metal est un genre plutôt instable. Bien sûr, ses racines sont profondes et solides mais qu'en est-il de son évolution, de son statut actuel ? La caricature le salit, la suivance l'alourdit, la monotonie le guette. Un mouvement, comme son nom l'indique, suppose un déplacement, un changement d'état. Celui-ci a plus de vingt ans et pourtant a tendance à sombrer dans les clichés. Mais certains, plus avant-gardistes que d'autres, tentent d'élargir, voire de redéfinir, le sujet.

Alors que "Until the Light takes us" sort en DVD, documentaire replongeant dans les méandres scandinaves, une édition surprenante voit le jour. "Mirror me" n'est pas qu'une revue d'artistes, elle est le prolongement d'une exposition mise sur pied par l'artiste Kai Althoff et le critique musical Brandon Stosuy. Regroupant des oeuvres de différents contributeurs, l'ouvrage, comme un fanzine, vous plonge dans un mystère fascinant. Amorcé au départ par une conversation au sujet de Varg Vikernes, le projet a vite pris de l'ampleur, et est devenu une culminance d'événements à la fois personnels et anonymes jouant savamment avec les codes.

mirror me
Mirror me

Ainsi, "Mirror me" est un de ces projets qui repoussent les limites du genre, et suivant une tendance lancée par quelques groupes de Black Metal americains, brisent les codes. Déjà Xasthur disséminait une touche plus émotive, des groupes comme Kralice ou Bone Awl se délestent d'une poussière trop longtemps accumulée, Pyramids, et les excellents Liturgy (dont le chanteur Hunter Hunt-Hendrix a collaboré à "Mirror Me") révèlent une musique nouvelle, osée et pertinente. Plus besoin de corpse paint, ni de surnom mythologique, les musiciens se dévoilent (bien que Pyramids cultive le mystère de son architecture) et leurs textes se personnalisent. Certains crient au scandale mais ne voient malheureusement pas là la véritable évolution saine et bien pensante du Black Metal. Appelons-le alors Post-Black.

Il y a des clichés qui ont la peau dure. Même les publicités s'en amusent...
pub

Alors pourquoi le nouveau visage du Black Metal ne serait-il pas celui-là ?
liturgy
Liturgy

lundi 27 septembre 2010

Gorgone Zola Jesus : à savourer.

Avez-vous déjà regardé un film d'horreur en un bel après-midi d'été, entouré d'enfants jouant autour de la piscine ? C’est à peu près la sensation que procurait le showcase de Zola Jesus à la Fnac des Halles le 16 septembre.
C’était sans doute le pire endroit pour voir un concert de la nouvelle égérie de l’underground international. Lumières froides, annonces de caissières, passants distraits, son réduit à son expression la plus faiblarde et scène d’une taille digne d’un concours canin. Et pourtant.

La (nouvellement) blonde ténébreuse a harcelé une audience sur ses gardes. Le temps d’un Stridulum II impressionnant de maîtrise, elle a réussi le tour de force, forcément maléfique, de créer une arche de magie au milieu de l’adversité. Comme un récit tragique, une épopée pop, elle est venue combattre les éléments de pacotille. Car c’est cela, Zola Jesus (en dehors d’être un des meilleurs noms de groupe de cette dernière décennie) : vous entrez au milieu d’un rituel que vous savez faux et pourtant vous y croyez. Elle est définitivement le leader charismatique d’une société (plus si) secrète. A voir et revoir dans un lieu plus propice aux enivrantes exactions.

Parce que, pour le coup, comme elle l’avouait elle-même, si ce n’était pas le "pire endroit", c’était au moins le "plus étrange". C’était peut-être, finalement, tout simplement "le meilleur". Celui des révélations….


zola jesus live

samedi 18 septembre 2010

Marc Bijl / Zola Jesus : The Black Dawn.

Deux évènements d'influences "cold wave" marquent ce début de septembre, l'exposition personnelle de Marc Bijl à la galerie Upstream d'Amsterdam, et la sortie de l'album "Stridulum II" du groupe Zola Jesus... La noirceur dégouline, trouvons-y aussi la beauté de la déchéance, la fascination du déséspoir, et la perfection dans le tragique.

Comme un code hermétique 9/11 666 777, le titre de l'exposition de Marc Bijl assène avec rigueur une confrontation tenue entre l'histoire récente et les mythologies populaires. Le communiqué de presse aussi radicale que les oeuvres elles-mêmes, prévient qu'il s'agit là de la dernière tentative de l'artiste de voir se confronter ses sculptures noircies (Dark symbolism), comme noyées dans une bile noire, avec une approche constructiviste et minimale. A la manière des Cure, qui prétend à chaque fois sortir son dernier album, le climat tendu sonne ici comme une sirène hurlant l'urgence ultime. Obnubilé par les questions de pouvoir et d'ordre, il utilise brillament des symboles puissants (pentagramme, christ) dans une déconstruction du signe simple mais ultra efficace. Si son passé de bassiste batcave au sein du groupe Gotterdammerung lui a permis d'acquérir cette lecture romantique du monde, il a également récupéré de ce mouvement la poésie de l'efficacité. Pas de grandiloquence feinte, mais une rigueur sauvage qui donne à son oeuvre une puissance des plus pertinentes.

dark dawn marc bijl

Cette efficacité du geste, Zola Jesus l'emploie également avec élégance et raffinement pour distiller une musique aussi profonde qu'intelligente. Si les références dites gothiques se ressentent, elles sont comme dans le travail de Marc Bijl un terreaux fertile à l'avènement d'un univers très personnel. La voix singulière de Nika Roza Danilova est le psychopompe de nos désirs. Depuis presque deux ans, sa démarche s'est affinée. La raideur glaciale des premiers morceaux laisse place à davantage de simplicité. La voix se libère et la musique s'électronise parfois. Le parcours du groupe est jusqu'ici sans faute (à ecouter également un split avec LA Vampire) et progresse à (trop?) grande allure, d'autant que NiKa Roza déploie ses talents également avec Former Ghosts.

Photobucket

Les fantômes sont partout. Des oeuvres de Marc Bijl aux sons de Zola Jesus. Leurs démarches post-modernes, aussi sensibles que radicales nous touchent en plein coeur. Voici l'aube d'une pensée nouvelle, sombre et poétique...

marc bijl
Marc Bijl, Upstream Gallery.

dimanche 12 septembre 2010

Mettre Aethenor à l'alambic.

Il y a des formations qu'il faut suivre...
Formations mouvantes, fonctionnant sur des systèmes de rhizome, d'échange et de collision. Aethenor est l'une d'elle. Depuis 2003, cette entité philosophale développe entre drone, jazz et ambient instrumental, une musique faite de téléscopage. Cet eclectisme nourri par ses membres changeants mais tous inspirés, écrit l'histoire riche d'un groupe particulier. Composé à l'origine de Stephen O' Malley (que l'on ne présente plus), Daniel O’Sullivan (Guapo, Mothlite, Miasma...) et Vincent de Roguin (Shora), certains musiciens viennent y distiller leur matière première : David Tibet, Alexander Tucker...

aethenor

Hier soir, aux côtés de SOMA et D.O.S. (sujet d'une oeuvre de Luke Caulfield, apprenait-on récemment! (on retrouve toujours un peu d'art contemporain)), ce sont Kristoffer Rygg (Arcturus, Borknagar, Ulver...) et surtout Steve Noble qui ont préparé le fourneau au grand oeuvre.

Luke Caulfield

Si l'improvisation tient une grande place dans leur pratique live, on ressent avant tout une grande unité. Alors que SOMA sort des sentiers battus, et travaille une guitare incidieuse, sur des sons graves certes, mais trouve avec le ebow une harmonie nouvelle, fusionnant parfaitement avec le clavier. Les instruments sont libres, leurs sonorités s'échangent. Une grande fluidité permet des moments intenses. Quant à Steve Noble et son jeu déconstruit, il propose une approche de l'improvisation noise percutante...
En débarassant les sons de leur vilenie, la promesse commune de ces quatre alquemistes est d'offrir des richesses insoupconnées. Et ce nul besoin de mettre Aethenor à l'alambic...

aethenor