samedi 18 septembre 2010

Marc Bijl / Zola Jesus : The Black Dawn.

Deux évènements d'influences "cold wave" marquent ce début de septembre, l'exposition personnelle de Marc Bijl à la galerie Upstream d'Amsterdam, et la sortie de l'album "Stridulum II" du groupe Zola Jesus... La noirceur dégouline, trouvons-y aussi la beauté de la déchéance, la fascination du déséspoir, et la perfection dans le tragique.

Comme un code hermétique 9/11 666 777, le titre de l'exposition de Marc Bijl assène avec rigueur une confrontation tenue entre l'histoire récente et les mythologies populaires. Le communiqué de presse aussi radicale que les oeuvres elles-mêmes, prévient qu'il s'agit là de la dernière tentative de l'artiste de voir se confronter ses sculptures noircies (Dark symbolism), comme noyées dans une bile noire, avec une approche constructiviste et minimale. A la manière des Cure, qui prétend à chaque fois sortir son dernier album, le climat tendu sonne ici comme une sirène hurlant l'urgence ultime. Obnubilé par les questions de pouvoir et d'ordre, il utilise brillament des symboles puissants (pentagramme, christ) dans une déconstruction du signe simple mais ultra efficace. Si son passé de bassiste batcave au sein du groupe Gotterdammerung lui a permis d'acquérir cette lecture romantique du monde, il a également récupéré de ce mouvement la poésie de l'efficacité. Pas de grandiloquence feinte, mais une rigueur sauvage qui donne à son oeuvre une puissance des plus pertinentes.

dark dawn marc bijl

Cette efficacité du geste, Zola Jesus l'emploie également avec élégance et raffinement pour distiller une musique aussi profonde qu'intelligente. Si les références dites gothiques se ressentent, elles sont comme dans le travail de Marc Bijl un terreaux fertile à l'avènement d'un univers très personnel. La voix singulière de Nika Roza Danilova est le psychopompe de nos désirs. Depuis presque deux ans, sa démarche s'est affinée. La raideur glaciale des premiers morceaux laisse place à davantage de simplicité. La voix se libère et la musique s'électronise parfois. Le parcours du groupe est jusqu'ici sans faute (à ecouter également un split avec LA Vampire) et progresse à (trop?) grande allure, d'autant que NiKa Roza déploie ses talents également avec Former Ghosts.

Photobucket

Les fantômes sont partout. Des oeuvres de Marc Bijl aux sons de Zola Jesus. Leurs démarches post-modernes, aussi sensibles que radicales nous touchent en plein coeur. Voici l'aube d'une pensée nouvelle, sombre et poétique...

marc bijl
Marc Bijl, Upstream Gallery.

dimanche 12 septembre 2010

Mettre Aethenor à l'alambic.

Il y a des formations qu'il faut suivre...
Formations mouvantes, fonctionnant sur des systèmes de rhizome, d'échange et de collision. Aethenor est l'une d'elle. Depuis 2003, cette entité philosophale développe entre drone, jazz et ambient instrumental, une musique faite de téléscopage. Cet eclectisme nourri par ses membres changeants mais tous inspirés, écrit l'histoire riche d'un groupe particulier. Composé à l'origine de Stephen O' Malley (que l'on ne présente plus), Daniel O’Sullivan (Guapo, Mothlite, Miasma...) et Vincent de Roguin (Shora), certains musiciens viennent y distiller leur matière première : David Tibet, Alexander Tucker...

aethenor

Hier soir, aux côtés de SOMA et D.O.S. (sujet d'une oeuvre de Luke Caulfield, apprenait-on récemment! (on retrouve toujours un peu d'art contemporain)), ce sont Kristoffer Rygg (Arcturus, Borknagar, Ulver...) et surtout Steve Noble qui ont préparé le fourneau au grand oeuvre.

Luke Caulfield

Si l'improvisation tient une grande place dans leur pratique live, on ressent avant tout une grande unité. Alors que SOMA sort des sentiers battus, et travaille une guitare incidieuse, sur des sons graves certes, mais trouve avec le ebow une harmonie nouvelle, fusionnant parfaitement avec le clavier. Les instruments sont libres, leurs sonorités s'échangent. Une grande fluidité permet des moments intenses. Quant à Steve Noble et son jeu déconstruit, il propose une approche de l'improvisation noise percutante...
En débarassant les sons de leur vilenie, la promesse commune de ces quatre alquemistes est d'offrir des richesses insoupconnées. Et ce nul besoin de mettre Aethenor à l'alambic...

aethenor

samedi 21 août 2010

Watain: messe pour un corps.

Watain, le mythique groupe de Black suédois, sait faire parler de lui. Dans un souci tout particulier porté à leur univers visuel, leur dernier projet a fait couler pas mal d'encre et de sang...

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C'était à l'occasion de son concert londonien que le groupe a souhaité faire éditer un nombre limité d'affiches sérigraphiées avec du sang humain. Il s'agissait de célébrer la sortie de Lawless Darkness qui peut être un événement pour certains, mais l'utilisation artistique du sang n'est finalement que très anecdotique.

Le Black metal doit être le courant musical le plus théâtral et le sang n'en est qu'un élément esthétique grandiloquent. Les sécrétions corporelles, et celle-ci en particulier, incarnent l'homme, ses failles autant que sa cruauté. Il est également un symbole historique de la genèse du mouvement né dans les cendres et l'hémoglobine. Il est surtout cette fascination morbide, ce vin divin, objet de pouvoir. Si le Black metal a largement puisé son imagerie dans la mythologie nordique, on découvrira que le sang y joue un rôle primordial. Mais celui-ci, dans une acceptation primale, est un élément transgressif (récupéré sans doute au groupe Kiss), permettant de faire du spectacle un rituel.

metastasis

Si réaliser une affiche avec du sang (mélangé à de l'encre) est une tentative artistique (notons tout de même que le point déceptif réside sans doute dans le fait qu'il ne s'agit pas du sang des membres du goupe), il est bon de rappeler que celui-ci a depuis longtemps une place de choix dans l'art contemporain : d'Hermann Nitsch à Marina Abramovic, de Gina Pane à Marc Quinn mais surtout Michel Journiac (qui en a fait un objet messianique). Récemment, c'est Eric Pougeau qui utilisa le sien comme matériau principal d'une série de "dessins buccaux". Dissolution du langage dans des flaques de souffrance. Une oeuvre dramatiquement belle et insidieusement poétique.

eric pougeau

La violence n'est pas forcement là ou l'on croit la percevoir. L'inventivité relative de Watain est honorable (on préférera tout de même leur musique) mais laissons aux artistes, ces chirurgiens du monde, le soin de faire vivre le sang au-delà du corps.

mardi 17 août 2010

The next great Work of Art.

Petite révolution dans le monde de l'art... Et comme il y a un demi siècle, cela se passe aux Etats-Unis...

Un jeu de télé réalité, Work of Art: the next great artist, vient d'être diffusé ( du 9/06 au 11/08) sur une chaîne câblée dont le but était de dénicher (après le chanteur, le mannequin, le cuisinier et le designer) le nouvel artiste contemporain à suivre...
14 participants, âgés de 22 à 61 ans, se sont lancés dans ce "Fort Boyard" de l'art où chaque semaine, ils devaient relever des défis. Les premières épreuves relativement classiques, comme réaliser un portrait, ont laissé place à d'autres relevant de questionnements récurrents de la modernité : qu'est qu'une oeuvre choquante (qui, si elle ne l'est pas, n'est pas une oeuvre dirait Duchamp), réfléchir sur le devenir des productions de masse, engager un dialogue avec l'environnement... Sous l'oeil d'un juge invité (Andres Serrano, présent le jour de l'épreuve de l'oeuvre dite subversive, vous vous en doutez, Richard Phillips, Will Cotton, Ryan Mc Guinness, David Lachapelle), chaque semaine a vu le départ d'un apprenti artiste. Apprenti, ils ne l'étaient pas tous. Certains ont déjà une galerie, et bizarrement ce sont les plus expérimentés qui partent. Les jeunes quant à eux voient là un tremplin extraordinaire.
Avec à la production Sarah Jessica Parker et comme juges et présentateurs, une ex mannequin-actrice China Chow et un galeriste Bill Powers (Half Gallery), l'émission trouve son serieux dans les propos éclairés du "Mick Jagger des ventes" Simon de Pury.

work of art

Si l'émission semble avoir été bien reçue dans le monde de l'art contemporain (qui se complait dans l'entertainment), elle pose de manière évidente plusieurs problèmes liés à la perception de l'art lui-même d'une part, mais s'enlise dans le cliché fanstasmagorique de la quête suprême du jeune génie, trublion révélé, porteur de tous les espoirs.

C'est finalement Abdi Farah, 22 ans de Baltimore qui endossera (en plus d'un chèque de 100 000 $) ce rôle... Un mythe médiatique sans idéologie ? A suivre donc !

En France, c'est l'exposition Dynasty qui a tenté de trouver des nouvelles révélations. Pas de démesure, pas de grandiloquence mais un système qui semble tout autant monté. Quant à la présence de l'art à la TV française, qui déjà se fait vraiment timide... en faire un jeu parait complètement impossible.

vendredi 30 juillet 2010

I am a cliché (you've seen before).

I am a cliché you've seen before hurlait Poly Styrene, consciente sûrement de son devenir iconique. Bien que pendant toute leur carrière, si brève soit elle, le trio de marginales s'attaquait au consumérisme, au mode de vie plastique et artificiel, elles se retrouvent aujourd'hui elles-même les otages stylistiques d'un titre d'exposition.
Actuellement, la ville d'Arles est sous une drôle d'emprise. Un vent de douce rebélion souffle ses enivrantes vapeurs sous les yeux d'un public devenu désormais averti. 4 expositions donc sur le thème du Rock... Une promenade comme ils disent... Même si l'on connaît déjà pas mal la chanson, les oeuvres présentées dans l'exposition "I am a cliché" de Emma Lavigne ont le mérite de se dévoiler à nouveau et invitent les novices à pénétrer le coeur du mystère. Des oeuvres mythiques donc comme par exemple "Guitar Drag" de Christian Marclay ou "Rock my Religion" de Dan Graham...Et d'autres moins connues que l'on découvre avec plaisir comme la vidéo de Celeste Boursier-Mougenot (dont on vous parlait )...

guitar drag

Cette expo rock, de photo certes, est un peu "cliché" mais permet de légitimer plus en plus l'intrusion d'un tel sujet dans l'art contemporain. On ne renoncera pas à la musique par révélation mystique comme Poly l'a fait, mais parfois on prierait bien pour voir un peu d'autres oeuvres...

mardi 27 juillet 2010

Herostratus (William Hunt) in Reykjavik.

Alors que la chasse à la baleine vient d'être ouverte en Islande, il se passe, à y regarder de plus près, bien d'autres choses étranges. Non, il ne s'agit pas ici de militantisme écologique, bien qu'il sera question d'environnement naturel et d'interaction avec l'homme.
Si l'été islandais est connu pour ne voir se coucher le soleil, il accueille cette année une expérience artistique intéressante : Villa Reykjavik. Transformer la baie des fumées en Chelsea new yorkais elfique est un défi intrigant. Un certain nombre de galeries invitées se sont prêtées au jeu curatorial autour d'évènements divers (performances, concerts...). Le 16 Juillet dernier, c'est l'artiste anglais William Hunt qui marqua les esprits avec sa performance poetico-scabbreuse.

Debout sur une échelle, ancrée tant bien que mal dans un océan à 11°c, au large d'Ægissíða, William Hunt armé de sa guitare, comme il le fait souvent dans ses performances burlesques, a mis le feu à celle-ci. S'immolant lui même, ce n'est qu'après quelques instants qu'il se jeta en mer, illustrant ainsi parfaitement la rangaine Youngienne "it's better to burn out than to fade away". Les photos de cette performance épique sont d'une grande beauté et traduise la volonté esthétique de l'artiste.

william hunt

Entre performance défiant les limites corporelles et spectacle esthétique questionnant le statut iconique du guitariste chanteur, les oeuvres de Hunt, toujours d'une grande prouesse, tant intellectuelle que physique, sont d'une poésie tendre sans pour autant négliger l'aspect analytique. Jouer de la guitare et chanter sous l'eau (Put your foot down), à l'envers (The impotence of radicalism in the face of all these extreme positions) ou le visage recouvert de crème (I Forgot Myself Looking at You) sont des actions simples, efficaces mais néanmoins pertinentes.

william hunt 2

Si son homonyme préraphaélite tentait par l'art de rétablir une certaine idée de la morale, notre jeune artiste lui, tout aussi romantique, vient ébranler, à coup d'accords de guitares les codes de celui-ci.

lundi 26 juillet 2010

Genealogies of pain : aux racines de l'art.

Alors que certains remontent l'arbre de la douleur en tentant de découvrir les racines du mal, d'autres explorent les méandres de l'illustration. S'il existe bel et bien un lien entre chaque individu, une hérédité culturelle, les pratiques divergent et les stratégies en révèlent les égos.

En avril déjà, on s'interrogeait sur le statut relatif de Marilyn Manson comme artiste plasticien. Ses expositions se multipliant, le phénomène ne pouvait laisser indifférent. Depuis 2002 et sa première exposition dans un lieu alternatif de Los Angeles, passant en 2004 par le Lutetia de Paris, sa première tentative d'incursion dans le milieu de l'art contemporain ne s'est faite réellement qu'en 2008, en marge de l'Art Basel Miami. Mais depuis fin juin, c'est carrément la Kunsthalle de Vienne qui lui a tendu les bras... Une analyse poussée de sa progression professionnelle serait pertinente et dévoilerait certainement une stratégie de communication efficace. Voir ses aquarelles exposées dans un lieu reconnu aux côtés d'un Keith Haring ou autre Subodh Gupta est un vrai tournant dans sa carrière. Dommage que dans une interview on l'entende dire qu'il ne peint pas avec précision car sinon, il ferait de la photographie... Conception relativement rétrograde pour un artiste contemporain. Et dommage enfin, qu'il ait eu besoin d'inviter David Lynch (un autre outsider) à partager l'affiche par manque d'assurance...

Skoptic syndrome
Skoptic syndrome (Jack),2001

D'autres se soucient bien moins des retombées et ne visent pas de suite un solo show au Guggenheim... Pj Harvey s'est lancée sans peur et avec une grande spontanéité dans la mystérieuse aventure du dessin. Invitée par le journal littéraire Zoetrop All Story (lancé par Francis Ford Coppola), elle illustre au crayon et en sculpture (lui rappelant sans doute les oeuvres de sa mère), sans prétention, les textes de Woody Allen et Jim Shepard entre autres...

box of gulls
box of gulls, 2010

Ces deux musiciens aux multiples talents se décomplexent et nous livrent sans retenu leurs univers fantasmagoriques. Entre art brut et surréalisme, ils incarnent un nouveau regard rock sur l'art actuel, peut-être un nouveau -isme, une nouvelle vague...

vendredi 16 juillet 2010

Candyfornia.

Alors qu'en 1965, les Beach Boys entonaient un "California Girls" mémorable et historique, nous voici 35 ans plus tard, face à une Katy Perry très en forme qui avec "California Gurls" version ghetto-kitch (en hommage à Big star !) flirte avec le succès de l'été.
C'est l'univers visuel qui nous a interpellé ici. En effet, le clip montrant la chanteuse en naïade se prélassant dans un nuage de barbe à papa nous a fortement rappelé l'oeuvre de l'artiste Will Cotton.

katy perry

Même univers inspiré tant de Hansel et Gretel que de Charlie et la chocolaterie, où glaces fondantes, crémes dégoulinantes et oppulence sont légions. Mais, la gourmandise s'allie ici à la luxure... Des femmes allanguies peuplent ces décors oniriques et deviennent elles-même des friandises...

will cotton

Ce n'est pas un hasard donc si l'artiste américain fait partie de la direction artistique de ce clip dirigé par Mathew Cullen...

Quand l'art contemporain s'immice dans la pop mainstream, elle en deviendrait presque comestible...

lundi 7 juin 2010

This is how you will disappear.

De Xasthur à Gisèle Vienne... Il n'y a qu'un pas (cf. t-shirt) !

this is how you will disappear
Jonathan Capdevielle et Jonathan Schatz, photo Dennis Cooper

Pour sa nouvelle création, Gisèle Vienne, entourée notamment de l'artiste (ancien Dumb Type) Shiro Takatani, semble proposer une exploration naturaliste de la forêt. Celle-ci, devenue personnage à part entière accueillera les déambulations de trois figures. L'ensemble sous-tendu par une approche symboliste sera tenu par la prose décadente de Dennis Cooper. Et bien sûr, Stephen O' Malley orchestre et "embrasse" le corps du mystère...

Une pièce peut-être entre une oeuvre de Ivan Chichkine et une autre de Theodor Kittelsen. Entre académisme flamboyant et mélancolie spirituelle... Ce n'est pas sans rappeler ceci.

ivan chishkin

kittelsen

A Avignon en juillet et à Paris en avril 2011 au centre G. Pompidou.

mercredi 2 juin 2010

Exit.

En mars dernier, Scott Conner annoncait via son blog l'arrêt définitif de son projet Xasthur, son dernier album Portal of Sorrow à peine sorti. Malefic, dont le pseudonyme sombrerait également dans le naufrage, dans une catharsis épique, invoquerait presque les pluies lacrimales. Si son univers si singulier nous invitait à un black metal low-fi inventif et intelligent, qualifié de "funeral doom", il est temps désormais de se rendre aux réelles funérailles d'un one-man band étonnant (c'est en écoutant Burzum qu'il décida de le suivre dans ce travail solitaire).

xasthur

A l'heure où la petite Louise, celle qui toute sa vie a tenté de déconstruire le père, disparaît, la dépression, combattue par l'une, célébrée par l'autre, perd ses metteurs en scène. La bile noir nous envahit... N'était-ce pas le souhait le plus cher de Malefic ?
Que reste-t-il désormais ? Des héritiers... pas sûr ! Des side-projects... certainement.

louise bourgeois