lundi 24 octobre 2011

Nine Patriotic Hymns for Art: Banks Violette.

Rapidité, concision, message incisif et DIY sont les ingrédients d'un bon morceau de hardcore mais peuvent être aussi ceux d'un artiste.
Born Against, Nine Patriotic Hymns for Children, 1991, Vermiform imprint

Pour sa première exposition personnelle dans une galerie française, Banks Violette frappe très fort et avec peu de moyens. Celui qui est surtout connu pour ses grandes installations imposantes, composées de panneaux noirs réfléchissants, d'éléments de métal raides et froids, de magistrales sculptures de néons, développe également depuis ses débuts, et toujours sous un fond musical, une pratique du dessin. Cette exposition en serait alors l'apogée.
9 dessins comme les 9 morceaux composant l'album dont il reprend le titre, Nine patriotic Hymns for Children, du groupe de metalcore americain Born Against, s'extirpent des murs comme pour happer votre insouciance.

Budweiser Triptych, 2011, graphite sur papier monté sur aluminium, 182,9x91,4x5,7 cm chaque.

Puisant souvent ses référents dans la culture populaire américaine, il injecte à ces oeuvres toute la force et l'intelligence nécessaires pour en faire de véritables hymnes. On n'est pas surpris de retrouver certains éléments récurrents de son travail comme le Christ, le drapeau américain, Pégase, les fleurs, les logos de bières qui, sortis de leur contexte, peuvent révéler toute leur puissance esthétique. On reconnait ici la pochette de Poison Idea dans l'oeuvre éponyme, là les soeurs jumelles chanteuses du groupe néo-nazi Prussian Blue, le 88 très ambigu, renvoyant ici au numéro d'écurie du pilote de stock car Dale Earnhardt Jr, là encore un carré noir crayonné à la fois pochette de Minor Threat et allusion à Malevitch, ou enfin le logo de Mobil dévoilant un Pégase toutes ailes déployées.

De l'usage pertinent du référent...

Mais c'est la technique employée pour présenter ces dessins qui apparaît comme un aboutissement impressionnant. Auparavant sous verre, ses délicates oeuvres sur papier Arches, aux bords frangés, ou sur calques, se voient directement montées sur des plaques d'aluminium très épaisses dont les bords apparents formeraient le cadre. La structure du support est volumineuse et lourde et donne au dessin une dimension sculpturale. Enfin, c'est la présence de scotch noir ou gris, le gaffeur utilisé couramment dans le monde du spectacle, et vu dans certaines pièces antérieures de l'artistes, qui vient sublimer l'ensemble. Posé à même le papier, il appuie ou détermine le motif dans une violence graphique percutante.

Détail de Poison Idea, 2011, graphite sur papier, collage sur cadre aluminium, 76,2x76,2 cm

Le choix volontaire et affirmé du mode de monstration de ces oeuvres est si pertinent qu'il fait de cette exposition une des meilleures de cette année, et de Banks Violette un génie punk aussi effronté qu'intelligent. Splendide...

dimanche 23 octobre 2011

WILT - VI

W.I.L.T. : WHAT I LISTEN TO.... DAY #6


Striborg - Nefaria / A tragic journey towards the light (Southern Lord Records)


Ghost - Opus Eponymous (Rise Above records)

Krallice - Dimensional Bleedthrough (Profound Lore records)

Alcest - Le Secret (Prophecy records)

samedi 22 octobre 2011

FIAC : album review - 11.

Cette année la FIAC s'est voulue condensée, entière et sans compromis. Toutes les galeries, réunies dans un même lieu, ont suscité curiosité et inquiétude. Le Grand Palais est un édifice aux proportions gargantuesques mais le niveau inférieur, vite rempli par les plus prestigieuses, ne laisse guère de place aux orphelines du Louvre. Aussi, il aura fallu penser à quelques aménagements parfois malvenus pour accueillir les plus jeunes galeries. En dehors de ces conditions de monstration parfois médiocres, on se penche à nouveau sur les rares pièces cette année qui offrent à la musique une extension de son champ d'existence.

José Maria Sicilia, Champ de blé aux corbeaux, 2011
Guitare, amplificateur 100 x 33 cm
Chez Chantal Crousel

Avec son titre emprunté à Van Gogh, cette pièce entre simplicité et violence reste enigmatique dans le parcours plastique de son auteur, belle surprise...

Jim Lambie, Sonic Reducer, 2008
ciment, vinyls 35,5x35,5 cm
Chez Sadie Coles
Les petites pièces de Jim Lambie paraissent presque trop petites quand on connait l'extraordinaire puissance formelle et visuelle de son oeuvre. Cette sculpture semble presque abandonnée. Où sont les vibrations chromatiques et psychédéliques du sol qui habituellement illuminent ces oeuvres ? Quand le marché reprend ses droits sur l'esthétique pure....

Dave Muller
Acrylique sur papier
Chez Blum & Poe
Etrange écho à l'oeuvre de Jim Lambie, ces peintures de Dave Muller n'en finissent pas de déployer son incroyable collection de disques questionnant ainsi sa propre histoire mais également celle du spectateur. Fascinant !

Jorinde Voigt, Interhorizontal Nexus, 2010
Encre, crayon sur papier 258 cm x 208 cm
Chez Klosterfelde
De la musique à l'écriture de celle-ci... Voigt parvient avec ses grands dessins, et en recourant à l'abstraction, à accéder à une certaine beauté, celle qui est l'essence même de la musique.

David Renggli, Strippen fur piepen in dunkel, 2011
Metal, peinture 175 x 50 x50 cm
Chez Valentin
Cette sculpture surprenante et détonnante du suisse David Renggli, fidèle à son univers fantasque, perturbe nos repères habituels face à ces objets de notre quotidien devenus presque surréalistes.

Banks Violette, Lovesong for assholes, 2005
résine epoxy, sel, dimensions variables
Chez Rodolphe Janssen
Une oeuvre méconnue de Banks Violette dont le format intime surprend. Si la musique n'est pas explicitement le sujet de l'oeuvre, elle en est pourtant le fondement. Une grande poésie toute en discrétion... On vous en reparle vite.

Outre les restrictions que nous nous sommes imposées en matière de sélection, on se souviendra tout de même de quelques autres oeuvres : la cabanne de Marc Dion, Dichter de Martin Dammann, une magnifique peinture de Gardar Eide Einarsson, de belles pièces de Levine (le crâne de lynx par exemple), la magistrale et mystérieuse porte de Rondinone etc...

WILT - V

W.I.L.T. : WHAT I LISTEN TO.... DAY #5


Venom - Welcome to Hell (Sanctuary Records)

Mayhem - Deathcrush (Back on Black)

Liturgy / Oval - Split LP (Thrill Jockey)

Skitliv - Bloodletting (Cold Spring Records)

Nachtmystium - Assassins: Black Meddle Part. 1 (Candlelight Records)

mercredi 19 octobre 2011

WILT - IV

W.I.L.T. : WHAT I LISTEN TO.... DAY #4

New Musik - From A to B (GTO Records Ltd.)

The Stranglers - Aural Sculpture (CBS Records)

Mooney Suzuki - Have Mercy (Templar Label Group)

mardi 18 octobre 2011

WILT - III

W.I.L.T. : WHAT I LISTEN TO.... DAY #3

HTRK - Work (work, work) (Ghostly International)

Figurines - When the deer wore blue (Morninside Records)

The Slaves - Grey Angel (Paradigms Records)

lundi 17 octobre 2011

WILT - II

W.I.L.T. : WHAT I LISTEN TO.... DAY #2


Crowsdell - Dreamette (Rough Trade Records)

dimanche 16 octobre 2011

WILT - I

W.I.L.T. : WHAT I LISTEN TO.... DAY #1


Scout Niblett - Just Do It / Dinosaur Egg (Too Pure records)

Elva Snow - S/t (Glitterhouse Records)


Liturgy - Renihilation (20 Buck Spin records)



dimanche 25 septembre 2011

Survie en territoire Zombie : Genest vs. Manson.

Lier ce sujet à la Fashion week ou à Halloween semble être de la même pertinence. Ce qui compte c'est l'observation d'un phénomène (paranormal ?).

L'histoire de Rick Genest a tout du conte de fée, plutôt Andersen que Perrault. Ce jeune canadien décida, sa majorité passée, de faire de son corps l'objet de sa reconnaissance et plus tard son outil de travail. Sa peau toute entière, quasiment donc sur 2 m², est dévolue à la représentation de la décomposition, de la mort, entre un memento mori et un hommage aux films d'horreur, principale source d'inspiration du zombie tatoué. Cette démarche absolue, dont il fit la promotion via internet, aboutit très vite à une notoriété virtuelle, dans un premier temps puis, par le battement d'aile d'un papillon, à la concrétisation de ses espoirs. Il pose pour le magazine Dressed to Kill qui lui permet d'être découvert par le styliste de Lady Gaga, Nicola Formichetti. S'en suit donc une apparition très remarquée dans le clip de Born this way, puis des clichés pour la marque Mugler ainsi que des défilés. Sa carrière est désormais lancée mais c'est le milieu underground qu'affectionne particulièrement cet énergumène. Il n'oublie pas d'où il vient, ni ses premières amours pour le théâtre burlesque. Il officie toujours avec sa troupe Lucifer's Blasphemous.


Cet univers n'est pas sans rappeler celui du dernier clip ultra référencé de Marilyn Manson qui sous l'oeil de Shia LaBeouf (!?!), dévoile son nouveau titre Born Villain.... Manson en Jodorowsky mélomane, entouré de freaks modernes, tantôt perçés, tantôt suspendus, est né de cette façon, méchant.... Ouououh !


Si Rick Genest aka Zombie Boy n'est que le cobaye d'une société ephémère, Manson, en sorcier vaudou, en ferait alors la pertinente satire.




samedi 17 septembre 2011

Golden suicides - Chemical sundown.

Le mythe de l'artiste torturé existe bien encore. Il n'est pas l'apanage de l'ère romantique. Le mythe de l'artiste torturé fait de l'artiste lui-même un mythe. Que son art s'en ressente ou non, certains devenus martyrs sous un geste autolytique laissent une trace sanglante et puissante de leur passage étincelant.


Spiritualized (wears velvet gloves...) (détail), 2002, huile sur toile, 7 panneaux

Avant la disparition prématurée du viking Dash Snow, l'artiste Jeremy Blake, alors en pleine ascension, choisit en 2007 une destinée tout aussi tragique en rejoignant à jamais sa compagne Theresa Duncan.
L'artiste, reconnu comme vidéaste dès la fin des années 1990, a développé un travail autour de l'image d'une intensité réelle dont l'esthétique oscille souvent entre figuration et abstraction. Ses peintures, dessins et autres installations, moins connus, questionnent les fondements de l'art en combinant les différents médias.


pochette de l'album Sea Change de Beck réalisé par Jeremy Blake

Mais ce que l'on retient le plus de Jeremy Blake n'est pas son oeuvre.
Sa vie, croisée à celle de Theresa, créatrice de jeux vidéo, ferait l'objet d'un film. Sous la plume de Bret Easton Ellis au scénario, aidé de Gus Van Sant (pressenti au départ à la réalisation), leur sombre histoire s'étalerait sous la pellicule tranchante de Gaspar Noé. The Golden Suicides, un film pour dévoiler l'étonnante descente aux enfers du couple qui, se croyant persécutés par la scientologie, mis fin à leur jour à une semaine d'intervalle.


Winchester (still), extrait de Winchester trilogy, 2002; DVD avec son; 18 minutes en boucle; courtesy of the artist and Feigen Contemporary, New York

Quant la destinée précipite l'oeuvre dans le mythe, l'art n'est plus rien. Il faut espérer que le film puisse redonner au travail de Jeremy Blake sa richesse qui s'est vue écrasée par l'ombre trop envahissante du drame.
En attendant la sortie de celui-ci, l'exposition de l'artiste à la galerie Kinz+Tillou de New York ouvrant ce 19 septembre, vous fera oublié un temps ce que l'histoire, avec l'aide des médias, a bien voulu retenir de Jeremy Blake.